
Dimanche 19 juillet 2026. Stade MetLife, érigé dans la localité d’East Rutherford, en banlieue new-yorkaise, dans le New Jersey. Il sera 15 heures à New York, 16 heures à Buenos Aires, 21 heures à Madrid et chez nous. Le peuple espagnol et le peuple argentin auront les yeux rivés sur la finale de la 23ème Coupe du Monde. Une affiche de rêve qui opposera non seulement les deux premières nations au classement FIFA, mais également les deux équipes les plus impressionnantes depuis l’entame de la compétition. Une finale qui ne consacrera pas que la meilleure sélection nationale de football de notre planète au jour d’aujourd’hui. C’est une place parmi les meilleures équipes de tout les temps qui se joue. Préface d’un duel pour l’éternité.
La République d’Argentine : une histoire indissociable du Royaume d’Espagne
Voilà plusieurs siècles que l’histoire de l’Argentine s’est liée à celle de l’Espagne. Au XVIème siècle, l’Empire espagnol colonise l’actuel territoire argentin suite à la découverte du Río de la Plata par l’explorateur Juan Díaz de Solis. La nation argentine vivra sous gouvernance espagnole pendant trois siècles, jusqu’à son indépendance en 1816. À l’heure qu’il est, l’Argentine reste l’ancienne colonie espagnole et la nation hispanophone la plus vaste sur Terre. Des millions d’Argentins ont des ancêtres originaires d’Espagne. De nombreux Espagnols fuyant la pauvreté se sont installés en Argentine au XIXème et au début du XXème siècle. L’Espagne est la nation européenne accueillant la plus grande communauté argentine expatriée, compte tenu de la proximité entre la culture et les traditions religieuses des deux pays. Cela se ressent d’ailleurs sur le plan footballistique : la passion des uns pour le ballon rond n’a rien à envier à celle des autres, et les deux nations ont déjà été championnes du monde par le passé. Le Real Madrid, Boca Juniors, le FC Barcelone et River Plate jouent chaque semaine devant plus de 50.000 spectateurs et font partie du gratin de leur continent. Chaque jeune joueur sud-américain rêve un jour d’évoluer en Liga. 16 des 26 joueurs qui composent le noyau argentin présent au Mondial 2026 sont passés par le championnat d’Espagne, dont 7 y jouent actuellement en club. Mais dimanche, les allégeances seront uniquement tournées vers les drapeaux, et les amitiés feront place à une lutte âpre pour le sacre ultime.
Un rare duel sur la scène internationale
Cet Espagne/Argentine sera une finale inédite en Coupe du Monde. On aurait toutefois du mal à croire qu’il ne s’agira que du deuxième duel entre les deux nations dans l’histoire du tournoi, tout comme en match officiel. L’unique précédent remonte déjà à soixante ans auparavant, un succès 2-1 pour l’Argentine en phase de groupes au Villa Park de Birmingham. Pour le reste, Espagnols et Argentins ne se sont affrontés que lors de rencontres amicales, et les résultats de toutes les confrontations ont été parfaitement équilibrés : 6 victoires pour chaque, et 2 partages. Les deux derniers duels ont vu chaque camp infliger une déroute à l’autre. En septembre 2010, une Espagne fraîchement couronnée de son premier titre de champion du monde subit un lourd revers 4-1 à Buenos Aires. Et en mars 2018, la Roja corrige une moribonde Albiceleste sur la marque de 6-1 à Madrid. Les affrontements entre clubs espagnols et argentins n’ont pas été fréquents non plus ; on ne recense qu’un duel entre le Real Madrid et Boca Juniors en 2000 (1-2), et un autre entre River Plate et Barcelone en 2015 (0-3). Une Supercoupe intercontinentale (connue sous le nom de Finalissima) entre les deux nations aurait dû se tenir au Qatar en mars de cette année, mais l’éclatement du conflit au Moyen-Orient a contraint la FIFA à annuler le match. La finale de dimanche sera donc enfin l’occasion de jouer cette rencontre de prestige entre les champions en titre d’Europe et d’Amérique, qui a d’ailleurs été baptisée Finalísima par la presse hispanophone. Et aussi étonnant que cela puisse paraître, cette finale sera la première de l’histoire du Mondial à opposer le vainqueur de l’Euro à celui de la Copa América.
Deux sélections à la chasse aux records
Ce duel, qui promet d’être historique à plus d’un trait, ne sacrera pas qu’un champion du monde. Il s’agira de la consécration ultime d’une – nouvelle – génération en or dans l’histoire de ces deux pays mordus de foot, et de joueurs déjà vainqueurs en série en sélection. D’abord, l’équipe championne du monde 2026 deviendra la première nation à remporter un deuxième titre mondial au XXIème siècle. Ensuite, elle s’octroiera des records encore jamais vus dans l’histoire du football. L’Argentine, qui défend sa couronne, peut devenir la première équipe à gagner deux sacres consécutifs au Mondial depuis le Brésil en 1962. Mais la Scaloneta, qui était déjà lauréate des deux dernières Copas América en 2021 et 2024 en plus de son triomphe au Qatar en 2022, peut surtout s’offrir un quadruplé inédit, surpassant le triplé Euro-Coupe du Monde-Euro décroché par… l’Espagne de 2008 à 2012. Comme l’Albiceleste, la Roja de Luis de la Fuente jouera également une quatrième finale internationale de rang, après celles de l’Euro 2024 (gagnée), et des Nations League 2023 (gagnée) et 2025 (perdue). Et ce n’est pas tout : une deuxième étoile à New York, seize ans après celle de Johannesbourg, ajoutée aux trois sacres récents à l’Euro, ferait d’elle la sélection nationale la plus titrée de ce premier quart de siècle. L’Espagne pourrait également devenir la première nation à enchaîner deux fois le sacre continental et mondial.
Une finale qui opposera deux écoles bien distinctes
L’histoire et la passion pour le football rapprochent les Espagnols et les Argentins. Chez les uns comme chez les autres, le succès dans cette Coupe du Monde nord-américaine s’est bâti sur un collectif bien rodé. Leurs sélectionneurs, Luis de la Fuente et Lionel Scaloni, sont deux hommes autant fin pédagogues que tacticiens, deux mentors proches de leur groupe, qui inspirent leurs joueurs à donner le meilleur d’eux-mêmes. Tous deux ont d’abord forgé leur palmarès avec les catégories espoirs de leurs sélections respectives, avant de recevoir la confiance de leurs fédérations pour mener l’équipe senior. L’Espagnol a d’ailleurs été l’un des formateurs de l’Argentin lorsque ce dernier suivait son cursus de coaching. Par contre, les deux nations ne fréquentent pas les mêmes écoles de style. L’Espagne, c’est la maîtresse par excellence du jeu contrôlé, conçu sur des combinaisons courtes et une possession outrageuse du ballon. Un système composé de joueurs d’une qualité technique sans faille, capables de rendre ses adversaires quasi inoffensifs. Seule la Belgique a réussi à marquer contre elle depuis l’entame de la compétition, et la France, considérée par de nombreux observateurs comme favorite numéro un du tournoi, a été surclassée en demi-finale. L’Argentine arbore un jeu plus chaotique mais plus direct ; c’est la grinta, la fougue, une bataille épique pour la survie à chaque match, et des guerriers au service d’un génie. Au-delà de ses énormes ressources mentales, elle possède peut-être davantage d’individualités, de joueurs capables de faire basculer un match sur un seul geste. Enzo Fernández a été décisif dans les deux come-backs contre l’Égypte et l’Angleterre. Julián Álvarez et Lautaro Martínez ont tous les deux été héros de matches à élimination directe. C’est la meilleure attaque de la compétition (19 buts marqués) qui se mesurera à la meilleure défense (1 but encaissé). De quoi saliver.
Le débat du meilleur joueur de tous les temps enfin clos ?
Et enfin… comment parler d’un duel Espagne/Argentine sans évoquer Lionel Messi ? La Pulga ne joue certes plus en Espagne depuis longtemps, mais c’est bien à elle que le lutin de Rosario doit son immense carrière. Et hasard de l’histoire, c’est contre elle qu’il pourra écrire, du haut de ses 39 printemps, ce qui pourrait être son ultime accomplissement. Dire que dix ans auparavant, dans ce même stade MetLife, après un revers face au Chili en finale de Copa América Centenario, qui était pour lui le quatrième en autant de finales internationales disputées, Leo Messi pensait tout arrêter, et accepter un palmarès vierge en sélection. Il s’est finalement rétracté six semaines plus tard, pour le plus grand bonheur de toute sa nation. Le voilà avec une chance de décrocher son deuxième sacre en Coupe du Monde, un honneur dont Diego Maradona lui-même n’a pas pu jouir. Et Pelé, qui a véritablement été actif sur deux des trois titres remportés par son Brésil de 1958 à 1970, ne serait pas tellement différent de Messi, d’autant que le Rei brésilien ne compte pas un palmarès en club aussi fourni que celui de Leo. De quoi mettre fin pour de bon au débat sur le meilleur footballeur de l’histoire en cas de succès argentin dimanche ? Il lui reste toutefois un défi de taille : renverser la quasi invincible armada espagnole, et l’enfant prodige qui marche sur ses traces au Barça, Lamine Yamal. Lequel, qui, a 18 ans, disposera du meilleur de sa carrière pour tenter d’égaler les exploits des plus grands. Alors, couronnement du titan, ou passage de témoin ? Le monde entier attend ce duel. Que gane el mejor.