
Cette semaine, toutes les équipes nationales du continent européen reprendront – ou débuteront – leur route vers la phase finale de la prochaine Coupe du Monde. Et pour fêter l’événement, la FIFA n’a pas lésiné sur les moyens, quitte à flirter avec la démesure selon ses détracteurs : elle inaugure un format élargi à 48 sélections, et un programme gargantuesque de 104 rencontres réparties sur 39 jours. Le sol hôte de l’événement n’a pas été choisi au hasard non plus : difficile de faire mieux que l’Amérique du Nord, avec les États-Unis en tête d’affiche, pour illustrer cette volonté d’immensité à tous les étages.
Un Mondial disputé sur le sol nord-américain n’est évidemment pas une première pour les USA, hôtes en 1994, ni le Mexique, qui a vu Pelé et Maradona s’imposer sur ses terres en 1970 et 1986 respectivement. Il ne s’agira pas non plus du premier championnat du monde footballistique qui s’y disputera au XXIème siècle, puisque un Mondial des Clubs au format flambant neuf – quadriennal, et agrandi par rapport aux années précédentes – s’est joué cet été au pays de l’Oncle Sam. Et c’est Chelsea qui a eu l’honneur de devenir le premier vainqueur de la Coupe du Monde des clubs sous cette configuration, remportant par la même occasion son deuxième titre de champion du monde, après celui gagné en 2021 sous le format annuel.
La tenue d’un autre tournoi international, plus petit, dans le(s) pays hôte(s) du Mondial de sélections, un an avant le début de ce dernier, est une tradition qui remonte à la fin des années 1990. D’abord, c’était la Coupe des Confédérations, jouée de 1992 à 2017, puis la Coupe Arabe de 2021, qui servaient de répétition générale à la grande messe du ballon rond. Le Mondial des clubs a désormais pris le relais, amenant avec lui son lot de réussites, de premières, mais aussi ses manquements, et autres controverses. Voyons quels enseignements le monde du ballon rond a pu tirer de cette expérience, et quelles attentes les supporters sont en droit d’avoir pour le rendez-vous incontournable de l’été 2026.
1) Aucun risque de relâchement : la Coupe du Monde de sélections reste le summum d’une carrière
C’était sans doute la critique principale au lancement du Mondial des Clubs : un tournoi jugé superflu. La FIFPro, principal syndicat des joueurs professionnels, dénonçait l’alourdissement d’un calendrier déjà surchargé, et exprimait des réserves quant au bien être des athlètes qui participeraient à un tournoi écourtant leur intersaison, et par conséquent leur temps de récupération. Comme je le mentionnais dans un autre article au mois de décembre, cette Coupe du Monde a souvent été perçue par les pointures européennes comme une distraction à l’autre bout du globe. Bon nombre d’entre elles ont déçu cet été : Porto, l’Atlético Madrid et Salzbourg n’ont pas franchi la phase de poules, l’Inter s’est cassé les dents sur Fluminense, tandis que Manchester City a connu une sortie sans gloire contre Al-Hilal en 1/8èmes de finale. En revanche, défendre les couleurs d’une nation est une tout autre paire de manches. D’ici l’an prochain, attendez-vous à ce que les joueurs se démènent pour faire partie du voyage en Amérique du Nord.
2) La billetterie de la FIFA sera prise d’assaut en 2026
Si vous avez regardé le Mondial des Clubs, vos yeux se sont sans doute attardés sur des tribunes clairsemées, et un pourcentage important de sièges vides lors de nombreuses rencontres. Des clubs comme le Bayern, l’Inter, Chelsea et Porto ont joué dans des stades à peine remplis à 50% de leur capacité. Benfica/Auckland City, Pachuca/Salzbourg et les matchs d’Ulsan Hyundai contre Dortmund et Mamelodi Sundowns se sont déroulés devant moins de 10.000 personnes. Surprise par le manque d’engouement du public, la FIFA a baissé le prix de ses tickets jusqu’à 10€ la semaine précédant certains matches afin de remédier à ce problème. Une première explication se trouve dans les horaires de matches : la plupart se jouaient l’après-midi, y compris en pleine semaine, afin de pouvoir toucher le téléspectateur européen. Deuxièmement, le tournoi était composé aux trois quarts de clubs totalement inconnus d’un public américain moins friand de soccer que celui des autres continents. Ensuite, ce Mondial ne possède pas le prestige d’un championnat national ou de la Ligue des Champions auprès des supporters européens, ce qui ne les a pas incités à traverser l’Atlantique pour suivre leurs favoris. Enfin, rares étaient les fans des autres clubs qui se sont enthousiasmés pour les rivaux de leur propre pays. Les sélections, elles, touchent à l’identité nationale, et rassemblent les populations dans leur entièreté. Aucune Coupe du Monde disputée au XXIème siècle n’a connu une assistance moyenne inférieure à 95% de la capacité de ses stades, et il est impensable que 2026 fasse exception à cette règle.
3) Le climat influencera le déroulement des matches
Si la Coupe du Monde 2022 avait déjà attiré l’attention sur la question climatique, l’été américain a posé lui aussi son lot de difficultés aux joueurs. Les températures aux horaires de matches tournaient parfois autour des 35°C (surtout dans les états du sud, qui jouissent d’un climat aride ou tropical) avec un taux considérable d’humidité, ce qui a nui à l’intensité de jeu. Les remplaçants du Borussia Dortmund ont regardé la première mi-temps de leur quart de finale contre le Real Madrid dans le vestiaire, afin d’y fuir une chaleur qui a fait transpirer Niko Kovač « comme s’il sortait d’un sauna ». La chaleur et les orages ont interrompu six rencontres pour une durée allant de 40 minutes à 2 heures. Les autorités américaines sont tenues de suspendre un match si la foudre tombe dans un rayon de 10 miles du stade, lequel ne peut reprendre que 30 minutes après que le ciel ne se soit calmé. Enzo Maresca, furieux de voir le 1/8ème de finale de Chelsea contre Benfica arrêté pendant 2 heures, alors qu’il ne restait que 4 minutes à jouer dans le temps réglementaire, s’est montré très critique vis-à-vis du choix du pays organisateur : « Ce n’est pas du football. Je n’arrive pas à comprendre. Si l’on suspend sept ou huit matches [à cause de la météo], c’est que nous ne sommes pas au bon endroit pour disputer la compétition. » Et avec des horaires, et régions hôtes similaires l’été prochain, il faudra plus que probablement s’attendre à vivre quelques matches à rallonge. Un casse-tête pour les supporters, et pour les diffuseurs.
4) La patience sera de mise pour les déplacements
Le haut risque d’orage menace également les supporters lors de leurs déplacements vers les différentes villes hôtes et les stades : des retards, ou annulations de vols sont à prévoir en cas de météo tempétueuse. La veille de sa demi-finale contre le PSG, le Real Madrid a dû faire l’impasse sur sa conférence de presse d’avant-match en raison d’un vol retardé vers New York. L’été prochain, nous aurons affaire à trois immenses pays par leur superficie, dans lesquels les stades sont nichés dans les banlieues des métropoles. Et même si les villes hôtes sont regroupées en trois zones géographiques, les distances se calculent en milliers de kilomètres. Rares seront les supporters qui pourront se déplacer en train de ville en ville, surtout sur une terre où l’automobile règne en maîtresse. À titre d’exemple, l’équipe tirée en position B2 lors de la phase de poules débutera son tournoi à Toronto, avant de se rendre à Los Angeles, puis de remonter vers Seattle pour son troisième match. Soit un total de 6000 km à parcourir rien que sur le premier tour.
5) Plus d’équipes = un risque accru de matches déséquilibrés
Le passage à 32 qualifiés a permis à un plus grand nombre de clubs non-européens de se mesurer aux meilleures équipes du monde. Mais ces duels plus déséquilibrés sur papier ont parfois débouché sur des scores fleuves : à titre d’exemple, le club émirati d’Al Ain a pris 11 buts en 2 matches contre la Juventus et Man City. Seattle Sounders, LAFC, Urawa Red Diamonds, Ulsan Hyundai et Wydad Casablanca n’ont pas fait le poids contre les cadors du vieux continent et d’Amérique Latine. Et comment oublier les semi-pros d’Auckland City, qui se sont inclinés 10-0 face au Bayern, puis 6-0 contre Benfica ? Le Mondial de sélections risque fort de suivre la même voie. Avec 48 tickets attribués, les superpuissances voient leur parcours de qualification simplifié, et la probabilité d’une poule de la mort du style Italie-Angleterre-Uruguay-Costa Rica comme en 2014 se réduit considérablement. De plus, cet élargissement fait surtout la part belle aux nations africaines, asiatiques et d’Amérique centrale, la plupart desquelles trônent à des échelons bien plus bas du classement FIFA. L’Ouzbékistan et la Jordanie, qui effectueront leurs grands débuts sur la scène mondiale, se classent respectivement 55ème et 64ème. La Jamaïque, favorite de son groupe de qualification, 70ème, et la Nouvelle-Zélande, 82ème. D’un autre côté, 8 des 12 groupes verront leur troisième classé se qualifier pour le second tour, ce qui pourrait aussi nous offrir l’une ou l’autre Cendrillon dans le tableau final. Et on peut s’attendre à ce que tous ces petits poucets jouent avec un coeur gros comme ça en Amérique du Nord.
Références :
What has Club World Cup taught us before 2026 World Cup? 14 juillet 2025, BBC Sport : https://www.bbc.com/sport/football/articles/c23gp1l5gpeo
Warning shot for 2026: Club World Cup’s brutal heat exposes a World Cup risk. 25 juin 2025, The Guardian : https://www.theguardian.com/football/2025/jun/25/club-world-cup-heat
World Cup lessons from Club World Cup: Weather, traffic, more. 15 juillet 2025, ESPN : https://www.espn.com/soccer/story/_/id/45732808/2026-fifa-world-cup-lessons-2025-fifa-club-world-cup-weather-traffic-more