L’Euro 2000 a 25 ans : que reste-t-il du dernier grand tournoi organisé chez nous un quart de siècle plus tard ?

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Le 2 juillet de cette année marque le 25ème anniversaire de la finale de l’Euro 2000, conjointement organisé par la Belgique et les Pays-Bas. Il s’agissait d’une première phase finale d’une grande compétition sportive internationale sur notre territoire en presque trois décennies, la plus ambitieuse depuis les Jeux Olympiques d’Anvers de 1920. Et aussi… la dernière en date au jour d’aujourd’hui. Un quart de siècle plus tard, le tournoi belgo-néerlandais évoque toujours le souvenir d’un joli tournoi. Si les Diables Rouges n’ont, dans l’ensemble, pas brillé, et que les Oranje n’ont pas pu décrocher le trophée, cet Euro 2000 a été une franche réussite sur le plan organisationnel pour nos deux plats pays. Pourtant, encore à l’heure actuelle, le sentiment d’avoir raté une opportunité de laisser une trace sur le football belge prédomine dans notre royaume.

Un pari risqué, mais remporté haut la main

La décision tombe le 14 juillet 1995 : l’UEFA prend le pari osé d’accorder, pour la toute première fois, l’organisation d’un grand tournoi de football à une candidature conjointe. Ce qu’elle n’a pas regretté, malgré les fantômes du drame qui a frappé le Heysel une quinzaine d’années plus tôt, et le rejet de Gand et Anvers comme villes hôtes, faute de stade conforme. L’Euro se déroule sans encombre, et à l’exception d’une dizaine de minutes de troubles à Charleroi entre supporters anglais et allemands, le Mambourg ne s’est pas écroulé, en dépit des craintes autour de la tenue d’un tel match en pays noir. Sur les terrains et dans les tribunes, l’Euro 2000 a été un véritable triomphe. Il a aussi servi de prélude à l’avènement des fanzones, bien qu’il n’en existait pas sous ce nom en Belgique et aux Pays-Bas. Des projections des rencontres en public ont commencé à voir le jour sur les places ou dans les parcs. La fondation Euro 2000 a permis de récolter un bénéfice de 730 millions de francs, lequel fut équitablement réparti entre l’Union belge (URBSFA) et la fédération néerlandaise (KNVB). Alain Courtois, directeur de l’organisation du tournoi, déclarait à la RTBF, à l’occasion du vingtième anniversaire de l’Euro, que nous avions « montré au monde le savoir-faire belge ». La Belgique a démontré ses capacités à collaborer entre ses différentes régions, et avec ses voisins néerlandais. La Wallonie et la Flandre s’étaient tout de suite alignées sur le projet, tout comme le gouvernement fédéral, ce qui nous a permis d’avancer dans les meilleures conditions.

Les infrastructures : la Belgique échoue où les Pays-Bas impressionnent

Vingt-cinq ans après la finale du tournoi, il ne reste chez nous que peu d’installations dignes de ce nom ayant été véritablement issues de l’Euro belgo-néerlandais. Le centre national de Tubize (Proximus Basecamp), financé grâce à l’argent de la Fondation, reste sans doute le site le plus emblématique en activité. Et c’est pratiquement tout. À l’inverse des Pays-Bas, la Belgique n’a pas surfé sur la vague de l’épreuve pour investir dans ses infrastructures sportives. Là où nos voisins se sont dotés de deux grandes arènes flambant neuves (Johan Cruyff Arena d’Amsterdam, Gelredome d’Arnhem), de deux majeures rénovations modernes (De Kuip à Rotterdam et Philips Stadion à Eindhoven) et de nouvelles constructions ou importantes restaurations partout dans le pays, les stades Roi Baudouin, de Sclessin, Jan Breydel et du Pays de Charleroi ont été aménagés à la va-vite, afin de satisfaire aux conditions minimum pour l’accueil du championnat d’Europe. Un quart de siècle plus tard, aucun projet de stade national belge n’a abouti. Bruxelles a perdu son statut de ville hôte de l’Euro 2020 pour cette raison, sans même parler de la candidature infructueuse, et quasiment consignée aux oubliettes, que nous avions soumise (à nouveau avec les Pays-Bas) pour la Coupe du Monde 2018. Les stades du Standard et de Bruges n’ont plus été rénovés depuis. Les supporters étrangers qui se déplacent en Venise du Nord se plaignent parfois d’un accueil dans un bloc défraîchi. À Charleroi, les tribunes supérieures ont été déconstruites, ramenant sa capacité à moins de la moitié de ce que le stade avait connu à l’Euro. Plus aucun stade digne d’accueillir un grand tournoi n’a été érigé sur le territoire belge. Nous n’avons pas démontré que nous étions capables de recevoir un nouveau grand événement sportif sur notre sol. Nous n’avons même jamais organisé, ni même postulé pour organiser, un tournoi à moindre portée alors que les Pays-Bas l’ont fait à deux reprises (l’Euro espoirs en 2007 et l’Euro féminin 2017) en solo.

L’Arena d’Amsterdam
Le Stade Roi Baudouin

La phase finale : un Euro resté dans les annales pour le spectacle

Ce qui reste avant tout de l’Euro 2000 aujourd’hui, c’est le souvenir d’un des meilleurs grands tournois jamais disputés. Journalistes, consultants, anciens joueurs et supporters… tous sont unanimes : on avait rarement vu autant de stars, ni autant d’équipes d’une telle qualité, disputer ensemble la même compétition estivale. Et ce, malgré l’absence surprise de la Croatie, médaillée de bronze en Coupe du Monde deux ans plus tôt. Le niveau de jeu proposé reste encore presque inégalé de nos jours, ce qui s’est traduit par un grand nombre de rencontres soit spectaculaires, renversantes, ou pleines de suspense, en un court laps de temps. Seul l’Euro 2020 a connu une moyenne de buts par match plus importante depuis lors (2.78 contre 2.74, pour 85 buts en 31 rencontres).

N.B. : trois petites erreurs factuelles se sont glissées dans l’infographie de ce film. C’est Belgique/Turquie qui s’est joué à Bruxelles et Italie/Suède à Eindhoven le lundi 19 juin (et non l’inverse), la demi-finale France/Portugal s’est déroulée le 28 juin (et non le 29), et la finale France/Italie a eu lieu à Rotterdam (et non Amsterdam). Le but de Savo Milošević (Yougoslavie) contre les Pays-Bas est également manquant.

Le Groupe A : le plus surprenant de tous

La plus grande sensation de l’Euro 2000 a été sans nul doute l’élimination de l’Allemagne, tenant du titre, au premier tour. La Mannschaft, certes vieillissante, ne peut faire mieux qu’un partage 1-1 en ouverture de tournoi face à la Roumanie, puis s’incline face aux Anglais 1-0 à Charleroi, sur une tête d’Alan Shearer. Son dernier match tourne au cauchemar ; un hat-trick de Sérgio Conceição lui inflige une déroute 3-0 face à un surprenant Portugal, qui, après avoir remonté deux buts pour s’imposer 3-2 face aux Anglais, et vaincu la Roumanie dans le temps additionnel (0-1), boucle sa poule avec un troisième succès en autant de rencontres. L’échec des Allemands ne sera d’ailleurs pas l’unique sensation d’un groupe A qui aura défié toute logique dans ses résultats : l’Angleterre, à qui un point suffisait face à la Roumanie pour valider sa qualification, chute violemment dans le money time d’un renversant match couperet (2-3) et est renvoyée à la maison plus tôt que prévu. Tout profit pour les partenaires de l’éternel Georghe Hagi (35 ans à l’époque), qui filent en quarts de finale à la surprise générale.

Le Groupe B : une triste première pour les Diables Rouges

Et pourtant… la Belgique montre un beau visage lors de deux des trois rencontres de son Euro. Elle s’impose 2-1 face à la Suède lors du match d’ouverture, le 10 juin, grâce à des réalisations de Bart Goor et d’Émile Mpenza de part et d’autre de la mi-temps, puis s’incline avec les honneurs 0-2 face à l’Italie quatre jours plus tard. C’est lors du dernier match que tout s’effondre. Alors qu’un point leur suffit contre la Turquie, qui a dû se contenter d’un terne 0-0 contre les Scandinaves, les Diables Rouges passent totalement à côté de leur sujet. Trop imprécise en attaque et fébrile en défense, la Belgique est punie par Hakan Şükür et deux bourdes impardonnables de Filip de Wilde (2-0). Le coup de sifflet final s’accompagne d’une désillusion aussi amère que son constat : c’est la première fois qu’une nation hôte d’un grand tournoi échoue à franchir la phase de groupes. La Belgique quitte son Euro avec un 3/9, loin derrière une Squadra Azzurra forte d’un parcours sans faute, ayant vaincu les Turcs et les Suédois sur le même score (2-1). La Turquie, elle, franchit les poules d’une grande compétition pour la première fois de son histoire.

Le Groupe C : l’Espagne et la Yougoslavie miraculées

Cette poule homogène débute par une surprise et un thriller. Le 13 juin, la Norvège, pour son tout premier match à l’Euro, bat l’Espagne d’entrée. Quelques heures plus tard, la Slovénie, également novice sur la scène continentale, prend un avantage de trois buts face à sa voisine yougoslave, laquelle est ensuite réduite à 10 avec l’exclusion de Siniša Mihajlović. Les Serbo-monténégrins parviennent toutefois à renverser la vapeur en six minutes à peine et arrachent un partage presque inespéré (3-3). L’étau se resserre lors de la deuxième journée : l’Espagne se relance en battant la Slovénie (1-2), alors que la Yougoslavie ramène la Norvège les pieds sur terre (0-1). Le final du groupe, entre les deux vainqueurs des matches précédents, prend des allures dramatiques. L’Espagne doit gagner, tandis que la Yougoslavie a plutôt intérêt à ne pas perdre. Et la Roja, qui vient d’égaliser pour la troisième fois à l’entame du temps additionnel, passe de l’enfer au paradis grâce à un but d’Alfonso Pérez à la toute dernière seconde. Si ce succès 3-4 permet à l’Espagne de gagner la poule, la Yougoslavie échappe de justesse à la culbute, car dans le même temps, la Slovénie et la Norvège n’ont pu se départager (0-0) et quittent toutes les deux le tournoi.

Le Groupe D : les Pays-Bas et la France bombent le torse

Là aussi, le groupe a fière allure, avec l’un des organisateurs, le champion du monde en titre, le finaliste de l’édition précédente de l’Euro, et le vainqueur de 1992 réunis. Cette poule à priori alléchante atteindra pourtant une conclusion plus rapide que les trois autres. Après un succès chanceux contre la Tchéquie (1-0, sur un pénalty généreux transformé par Frank De Boer) en ouverture, les Pays-Bas infligent au Danemark, déjà battu par la France, un deuxième revers 3-0 en cinq jours. Les Bleus, eux, valident leur qualification en disposant des Tchèques (1-2). Leur duel avec les Oranje à Amsterdam a des allures de match de gala, avec la première place du groupe pour enjeu. Et ce sont les Néerlandais, pourtant menés au score à deux reprises, qui l’emportent 2-3, la France s’étant permise de faire souffler la plupart de ses titulaires. Enfin, la Tchéquie sauve l’honneur (0-2) dans le même temps contre un Danemark forcé de constater l’étendue de son fiasco : un zéro pointé, et aucun but d’inscrit dans cette édition du championnat d’Europe.

Les quarts de finale : la logique respectée partout

Deux duels à sens unique se déroulent le samedi 24 juin : le Portugal et l’Italie enregistrent un quatrième succès de rang, contre un adversaire en infériorité numérique. Un doublé de Nuno Gomes permet à la Seleção de Luis Figo de disposer, en toute logique, de la Turquie à Amsterdam (2-0), tandis que la Squadra Azzurra plie tout suspense dans le troisième quart d’heure de son match face à la Roumanie (2-0 également) à Bruxelles, via Francesco Totti et Filippo Inzaghi. Le lendemain, à Rotterdam, les Pays-Bas étalent leur formidable force offensive ; Patrick Kluivert, auteur d’un quadruplé, et Mark Overmars, d’un doublé, ne font qu’une bouchée de la pauvre Yougoslavie sur la marque de 6 buts à 1. Le dernier quart de finale, joué à Bruges entre l’Espagne et la France, est bien plus disputé. Alors que le score est de 1-2 depuis la mi-temps grâce à un splendide coup franc de Zinédine Zidane et un but de Youri Djorkaeff, Raúl, encore jeune buteur du Real Madrid, se loupe du point de pénalty au bout du temps réglementaire. La Roja, inconsolable, voit les champions du monde en titre valider leur ticket pour la demi-finale.

Le dernier carré : deux buts en or offrent le trophée aux Bleus

La première demi-finale, le 28 juin au stade Roi Baudouin, voit s’affronter deux numéros 10 de légende : Luis Figo d’un côté, et Zinédine Zidane de l’autre. Ce sont pourtant les buteurs des deux camps qui lancent ce duel intense, au final cruel pour la Seleção. Nuno Gomes ouvre le score pour le Portugal, avant que Thierry Henry ne ramène la France à égalité dès le retour des vestiaires. Zidane aura finalement le dernier mot : en fin de prolongation, le meneur de jeu français transforme un pénalty consécutif à une faute de main malheureuse d’Abel Xavier. Cet exercice sera tout aussi fatal aux Pays-Bas le lendemain ; dans une Amsterdam Arena entièrement acquise à leur cause, les Néerlandais, pourtant en supériorité numérique peu après la demi-heure, se cassent les dents sur la rigueur défensive italienne. Ils manquent deux pénalties dans le temps réglementaire, et encore trois lors de la séance de tirs au but (le match s’est terminé sur un 0-0). Francesco Toldo, héros de la Botte, permet à l’Italie de retrouver la France au Kuip de Rotterdam, le 2 juillet 2000, pour une finale au dénouement tout aussi dramatique que les deux demis. Alors que les Italiens, forts d’un avantage d’un but signé Marco Delvecchio, sont prêts à célébrer un deuxième titre européen, Sylvain Wiltord arrache la prolongation sur le dernier ballon du match. Le scénario bascule alors définitivement en faveur des partenaires de Zizou, élu meilleur joueur du tournoi au coup de sifflet final. Regonflés à bloc par ce coup de pouce du destin, les Bleus atteignent le Graal par l’entremise d’une demi-volée de David Trézéguet, devenant ainsi la première sélection à confirmer un sacre mondial par un sacre continental.

Références :

L’Euro 2000 a 20 ans – Alain Courtois, directeur du tournoi : « On a montré au monde le savoir-faire belge ». 9 juin 2020, RTBF Sport : https://www.rtbf.be/article/l-euro-2000-a-20-ans-alain-courtois-directeur-du-tournoi-on-a-montre-au-monde-le-savoir-faire-belge-10513812

Centre national de Tubize, le seul héritage de l’Euro 2000 en Belgique. 16 juin 2016, Le Soir : https://www.lesoir.be/45840/article/2016-06-16/centre-national-de-tubize-le-seul-heritage-de-leuro-2000-en-belgique

Les infrastructures de l’Euro 2000: entre création et rénovation dans la douleur. 12 juin 2020, Le Soir : https://www.lesoir.be/306594/article/2020-06-12/les-infrastructures-de-leuro-2000-entre-creation-et-renovation-dans-la-douleur

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