Les Playoffs de la Jupiler Pro League entament leur dernière édition : clap de fin pour un système aussi controversé que garant de suspense

La dernière ligne droite du championnat de Belgique – comprenez par-là nos légendaires Playoffs – débute ce vendredi 3 avril avec le duel entre l’Antwerp et Genk. Son dénouement se produira le dimanche 24 mai, date à laquelle on connaîtra le successeur de l’Union Saint-Gilloise sur le trône footballistique de notre royaume. Cette édition 2026 marquera d’ailleurs la fin de ce système particulier : elle sera en effet la dernière (du moins, jusqu’à nouvel ordre) à sacrer le champion de Jupiler Pro League – et distribuer les tickets européens – par ce procédé. Dès l’année prochaine, notre première compétition reviendra à une unique poule de 18 équipes, laquelle sacrera le champion après 34 journées, comme c’était le cas jusqu’en 2009. Terminée la répartition des clubs en trois phases selon leur classement, et la controversée division des points par deux. Retour à un schéma pratiqué dans les grands championnats européens, et inchangé depuis leur création. Le moment est donc venu de passer en revue l’évolution, les faits saillants, ainsi que les hauts et les bas d’une formule qui aura quoi qu’il arrive marqué l’histoire du football belge.

Les réussites et les échecs des Playoffs

Quand les Playoffs ont été créés dix-sept ans auparavant, leur objectif était de rendre notre championnat plus compétitif sur la scène européenne, et surtout plus attrayant, en garantissant davantage de suspense et un plus grand nombre de matches entre les meilleures équipes. Et même les détracteurs de ce format ne pourront nier que durant cette période, cet objectif a été atteint. Notre Pro League s’est hissée à la 8ème place des championnats au coefficient UEFA. Depuis 2011, le champion de Belgique n’a plus jamais manqué la phase de groupes de la Ligue des Champions. Bruges a franchi le premier tour de la C1 à trois reprises (2023, 2025, 2026), Gand l’a aussi fait en 2016. Le Standard (2010), Bruges (2015), Anderlecht, Genk (2017) et l’Union (2023) ont chacun atteint les quarts de finale de l’Europa League, et en Conference League, on a vu les Mauve et Blanc et les Buffalos en quarts en 2023, puis les Blauw en Zwart en demis l’année suivante. À titre de comparaison, entre la dernière finale européenne disputée par un club belge en 1993, et l’introduction des Playoffs en 2009-10, seul Anderlecht avait joué un quart de finale continental (en Coupe UEFA 1997), et franchi les poules de la Champions League, grâce à sa génération 2000-01. Et rares ont été les éditions des Champions Playoffs lors desquelles le suspense pour le titre ne restait pas entier lors des deux dernières journées.

Mais la médaille octroyée par cette formule possédait également un revers sombre. D’abord, à cause de la division des points par deux, laquelle réduisait considérablement la valeur du mérite acquis lors de la saison régulière, et replaçait en course des clubs qui auraient été distancés au classement, faute de régularité dans leurs résultats. Ensuite, les Europe Playoffs et les Relegation Playoffs peinaient à passionner les foules. La plupart des rencontres ressemblaient à des amicaux de fin de saison dans les uns, et à une lutte désespérée pour la survie dans les autres. Leurs formats – parfois complexes auprès du public – ont été modifiés à plusieurs reprises pendant ces dix-sept ans, et aucune unanimité n’a jamais été trouvée à leur sujet.

Les Champions Playoffs : un sprint final haletant chaque année, ou presque

Format : les Champions Playoffs (autrefois appelés Playoffs 1) regroupaient les six premiers de la phase classique de 2010 à 2020, les quatre premiers de 2021 à 2023, et à nouveau les six premiers de 2024 à 2026. Les points acquis lors de la phase classique sont divisés en deux, arrondis à l’unité supérieure.

Sur ces 17 dernières années, nous avons dû attendre 6 fois jusqu’à la dernière journée pour connaître le nom du champion. Et à 3 reprises, le hasard du calendrier nous a offert une véritable finale pour le titre. Comment pourrait-on oublier les multiples arrêts de Thibaut Courtois lors du Genk/Standard (1-1) de 2011 ? Que Zulte Waregem a occupé pendant deux minutes le fauteuil du champion lors de son partage à Anderlecht (1-1) en 2013 ? Ou encore le but d’anthologie de Toby Alderweireld pour permettre à l’Antwerp de coiffer Genk (score final 2-2) à la dernière minute du championnat 2022-23 ?

Dans les autres dénouements de dernière minute, on retient le succès d’Anderlecht sur Lokeren (3-1) en 2014, lequel raflait le titre au Standard d’un Roland Duchâtelet rouge de colère, l’étouffant 0-0 dans le dernier derby brugeois de 2023-24, et aussi les larmes de Sébastien Pocognoli l’année dernière après avoir offert à l’Union son premier titre en presque un siècle.

À 6 reprises également (Gand 2015, Anderlecht 2017, Bruges 2018, 2021, 2022, Genk 2019), le titre s’est décidé lors de l’avant-dernière journée du championnat. Seules les campagnes de 2010, 2012 et 2016 ont connu un dénouement plus précoce. Et lorsque cela arrivait, c’est le champion qui mettait lui-même son dauphin hors course. Lors de l’édition inaugurale des Playoffs, un insaisissable Anderlecht confirmait déjà son titre à 4 matches de la fin en s’imposant à Bruges 1-2.

Deux ans plus tard, un pénalty à la dernière minute de Guillaume Gillet, dans un partage 1-1 au Parc Astrid, permettait aux Mauves de dégoûter à nouveau les Blauw en Zwart.

Les Brugeois obtenaient finalement leur revanche sur le Sporting en 2016 : ils leur infligent un cinglant 4-0 lors de l’antépénultième journée et retrouvent les lauriers après 11 ans de disette.

Un autre duel charnière entre les deux premiers s’est produit en 2018, et celui-là a été frappé d’une polémique : un but de Jelle Vossen entaché d’une faute de main de Ruud Vormer a permis à Bruges d’égaliser contre le Standard à Sclessin, et d’obtenir le point (1-1) nécessaire à son titre avant l’ultime journée.

Les Europe Playoffs : la première place sinon rien

Format : les Europe Playoffs (autrefois appelés Playoffs 2) se disputaient d’abord en deux groupes de quatre, de 2010 à 2016, dans lesquels étaient répartis les clubs classés de la 7ème à la 14ème place de la phase classique. De 2016 à 2020, ces deux groupes étaient agrandis à six équipes, en y ajoutant le 15ème de la saison régulière, et les trois meilleures équipes non promues de deuxième division. Les points étaient remis à 0 lors de leur entame, et un barrage opposait alors les premiers des deux groupes pour en déterminer leur vainqueur. À partir de 2021, les PO2 se jouent en un seul et unique groupe, réservé aux clubs classés de la 5ème à la 8ème place de la phase classique jusqu’en 2023, puis aux clubs classés de la 7ème à la 12ème place jusqu’à présent, et comme en PO1, les points acquis lors de la phase classique sont divisés en deux. Le vainqueur des PO2 dispute le dernier ticket européen au 4ème des PO1 (ou au 5ème si le vainqueur de la Coupe de Belgique terminait dans le top 4).

Cette phase était sans doute celle qui réservait le plus de surprises ; lorsqu’elle se jouait en deux groupes, il était rare de voir la meilleure équipe de la saison régulière non qualifiée pour les PO1 la remporter en fin de saison. Démobilisés par la perte des gros enjeux, les ténors n’y étaient pas toujours au rendez-vous. Ainsi, jamais le Standard n’a gagné cette étape du championnat, laquelle a vu 8 clubs différents en sortir vainqueurs au travers de son histoire, alors qu’il l’a pourtant jouée plus souvent que les PO1. Son principal attrait résidait davantage dans son caractère imprévisible que dans l’engouement qu’elle suscitait : dès qu’une équipe perdait ses chances de gagner son groupe, ses rencontres restantes ne revêtaient plus le moindre enjeu.

Les Relegation Playoffs : peu de place pour la rédemption

Format : rappelons d’abord que les Relegation Playoffs (autrefois appelés Playoffs 3) ne se sont pas disputés chaque année. La formule introduite de 2011 à 2015 voyait les deux derniers de la saison régulière s’affronter un maximum de 5 fois jusqu’à ce que la relégation du moins bon d’entre eux ne se confirme mathématiquement. Le 15ème du classement partait avec un avantage de 3 points et le droit de disputer 3 de ces 5 rencontres à domicile. Le vainqueur de cette phase pouvait ensuite jouer son maintien lors du tour final où se qualifiaient les trois meilleures équipes de D2 non promues directement. Ces Playoffs n’ont ensuite plus été joués jusqu’en 2023, et depuis lors, ils se disputent entre les quatre derniers de la phase classique, lesquels conservent cette fois tous leurs points gagnés. Seul le vainqueur des PO3 se sauve automatiquement, le deuxième est envoyé en barrage contre le meilleur club de D2 non promu directement, et les deux derniers descendent.

Cette phase du championnat était redoutée comme la peste, et le niveau de jeu qui y était affiché laissait souvent à désirer. Les clubs engagés dans de telles rencontres les disputaient la peur au ventre, conscients que le moindre faux pas pouvait compromettre leurs chances de maintien parmi l’élite. Sa nature relevait du véritable parcours du combattant ; la preuve en est que chacun des douze clubs qui l’ont disputée à une reprise au minimum avant 2026 ont connu une relégation. Cette donne changera plus que probablement cette année, vu que le retour à une D1 à 18 clubs ne verra que le dernier classé disputer le barrage contre le vainqueur des Promotion Playoffs de Challenger Pro League.

Quelques faits :

Le Club de Bruges est le seul club à s’être qualifié 16 fois pour les PO1 en autant d’éditions, talonné de près par Anderlecht (15 qualifications), qui ne les a manqués qu’en 2023. Suivent ensuite, par ordre du nombre de participations : Genk (11), La Gantoise (10), Standard (7), Antwerp (6), Union Saint-Gilloise, Zulte Waregem (5), Charleroi, Courtrai, Lokeren (3), Ostende, Saint-Trond (2), Cercle de Bruges et Malines (1). Parmi les clubs à avoir évolué au moins sept ans dans l’élite lors de cette période, on retiendra que Westerlo, OHL, Beveren, Mouscron, Eupen et le Beerschot ne s’y sont jamais qualifiés. (À noter que l’édition 2020 a été annulée en raison de la pandémie de COVID. Le championnat s’était interrompu juste après l’avant-dernière journée de la phase classique, et le classement final avait été déclaré valable en l’état. Bruges, Gand, Charleroi, l’Antwerp, le Standard se seraient qualifiés pour les PO1, puis Malines, Genk et Anderlecht restaient en lice pour le dernier ticket.)

Anderlecht et le Club de Bruges ont chacun été couronnés 5 fois champions à l’issue des PO1. Genk l’a été 2 fois, puis La Gantoise, l’Antwerp et l’Union ont chacun remporté 1 titre lors de cette période. Le record de titres consécutifs (3) gagnés au sortir d’une phase de Playoffs appartient au Sporting, de 2012 à 2014. Le Club de Bruges a aussi occupé 5 fois le siège de dauphin (2012, 2015, 2017, 2019, 2025), suivi par le Standard (3 fois, 2011, 2014, 2018).

Le Standard a été le seul tenant du titre à ne pas s’être qualifié pour les PO1 l’année suivante, et c’était lors de la première saison de la formule (2010). Saint-Trond (2010) et l’Union (2022) y ont participé en tant que promus.

À 8 reprises, le vainqueur de la phase classique a aussi été couronné champion de Belgique : Anderlecht 2010, 2012, 2013, 2017, Bruges 2016, 2018, 2021 et Genk 2019. Aucun vainqueur de la phase classique n’a terminé en-dessous du podium au sortir des PO1.

À 4 reprises, le futur champion n’avait pas terminé la phase classique en tête, mais avait tout de même remporté le meilleur bilan sur l’entièreté de la saison écoulée : Genk 2011, La Gantoise 2015, Bruges 2022, et Union 2025.

Anderlecht 2014 (79 pts), Antwerp 2023 (83 pts – 25 victoires et +35 au goal average) et Bruges 2024 (75 pts) ont été champions à l’issue des PO1 alors qu’ils n’avaient pas remporté le plus grand total de points lors de la saison de leur sacre. Et à l’inverse, Standard 2014 (82 pts), Genk 2023 (83 pts – 25 victoires et +41 au GA) et Union 2024 (84 pts) n’ont pas été champions alors qu’ils détenaient pourtant le meilleur bilan sur l’ensemble de la saison.

L’Antwerp est le seul club à avoir remporté le doublé Coupe-championnat à l’ère des Playoffs, en 2023.

Le Club de Bruges est l’équipe à avoir remporté le plus de matches dans l’épreuve. Il est également le seul à n’avoir jamais terminé en-deçà de la 4ème place du général à l’ère des Playoffs, et le seul à gagner le titre sans avoir terminé sur le podium de la phase classique, 4ème en 2024. C’est également cette année-là qu’il a résorbé le plus grand retard accusé à l’issue de la phase classique par le futur champion sur le leader (19 points, ramenés à 9 au début des PO).

La plus grande avance enregistrée par un champion sur son dauphin est l’oeuvre d’Anderlecht en 2010, lequel a terminé les PO1 avec 18 points de plus que Gand. Son bilan total de 93 points est également le meilleur à avoir été engrangé sur une seule et même saison incluant des Playoffs.

Le meilleur bilan sur une édition des PO1 revient à l’Union 2025 (28 pts/30), suivi par le Standard 2011 (26/30). Le pire est l’oeuvre de La Gantoise 2025 (3/30).

L’exploit de la plus grosse remontée en PO1 revient au Standard, à deux reprises (2011 et 2018, de la 6ème à la 2ème place chaque fois). Zulte Waregem 2017 et Charleroi 2018 (de la 3ème à la 6ème place) ont été victimes de la plus grosse chute.

Anderlecht et le Club de Bruges sont les deux seuls clubs du royaume engagés sur la durée dans l’élite à n’avoir jamais disputé les PO2.

Le titre de meilleure équipe des PO2 revient à La Gantoise, qui les a remportés 5 fois en 6 participations. Suit ensuite Charleroi, avec 3 victoires finales dans cette phase.

À 6 reprises, le vainqueur des PO2 a réussi à se qualifier pour l’Europe : Genk en 2010, Gand de 2021 à 2024 et Charleroi en 2025. À 7 reprises, le vainqueur des PO2 a échoué en barrage. En 2011 et 2014, ce barrage n’a même pas eu lieu, faute de licence européenne pour Westerlo et Ostende respectivement. Ce fut également le cas en 2021, 2022 et 2023, vu que les PO1 ne se jouaient qu’à 4 clubs, et que le vainqueur de la Coupe y figurait chaque fois.

Le record de participations aux PO3 est détenu par le Cercle de Bruges (4 fois), pour une relégation en 2015. Le Beerschot est quant à lui le seul club à avoir été relégué à 2 reprises (2013, 2024) en passant par les PO3, et ce en autant de participations.

(Cet article sera remis à jour dès la conclusion des Playoffs 2026.)

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