
Les deux plus grands rivaux du football anglais vont se retrouver ce dimanche 19 octobre pour le toujours bouillant derby d’Angleterre. Un match qui, on l’a vu à maintes reprises par le passé, possède le potentiel de conditionner le devenir d’une saison. Et à l’heure qu’il est, Reds comme Red Devils auraient bien besoin d’un petit électrochoc. En effet, les deux géants rouges ont connu une entame de saison plus poussive que ce que leurs supporters n’auraient imaginé. Le Clásico de ce week-end est justement l’occasion de faire taire les critiques – naissantes d’un côté, persistantes de l’autre – qui planent au-dessus d’Anfield et d’Old Trafford.
Liverpool en sous-régime, nouvelle saison et même maux pour Man. United
En tant que champion en titre, Liverpool devra assumer l’étiquette de favori de ce duel. D’autant que son bilan chiffré depuis l’entame de cette saison est loin d’être dramatique. La bande à Mohamed Salah se perche à la deuxième place du classement de la Premier League, avec seulement un point de retard sur Arsenal. Si l’on exclut le Community Shield, les Reds ont entamé l’exercice 2025-26 par sept victoires de rang. Ces chiffres ne collent pas avec l’étiquette d’équipe en crise qu’ils ont reçue au sortir de la semaine qui a précédé la trêve internationale d’octobre, lors de laquelle ils se sont inclinés trois fois de suite. Pourtant, quand on regarde leurs performances dans leur ensemble, on se rendait bien compte que ces couacs allaient se produire tôt ou tard. Six de ces sept victoires ont été arrachées dans les dix dernières minutes des rencontres. Depuis la première journée, Liverpool a été incapable de prester à plein régime pendant l’entièreté d’un match, ni de s’imposer par plus d’un but d’écart. À trois reprises, ils ont laissé filer un avantage de deux buts avant d’émerger dans le money time. Et leurs carences ont fini par leur coûter ces trois revers sur les terrains de Crystal Palace, Galatasaray et Chelsea.
De son côté, Manchester United aspirait à de jours meilleurs, après l’abjecte quinzième place de l’année passée. D’autant que Ruben Amorim pouvait enfin bénéficier des bienfaits d’une pré-saison, pour ce qui est sa première campagne complète sur le banc du Théâtre des Rêves, et que le club jouera rarement plus d’un match par semaine, un net avantage sur le plan de la fraîcheur. Mais à l’heure qu’il est, la chape de plomb qui pèse sur les épaules de l’entraîneur portugais est encore loin de se lever. Son bilan global, depuis son intronisation, est absolument catastrophique sur la scène nationale. Les Red Devils n’ont encore jamais enchaîné deux succès en championnat sous ses ordres. En 2025, United n’a obtenu qu’une seule victoire dans l’élite du foot anglais contre une équipe qui n’était pas reléguée, promue, ou en infériorité numérique. Cette saison, Man U n’a pas encore gagné à l’extérieur toutes compétitions confondues. Il a même vécu une véritable humiliation en Coupe de la Ligue avec une élimination dès son entrée en lice, des oeuvres de Grimsby Town, modeste club de la côte est de l’Angleterre, évoluant en… quatrième division.

Pourquoi Liverpool est en sous-régime ?
Tout le monde l’a vu : Liverpool a beaucoup transféré. Pour des montants parfois astronomiques. L’arrivée phare de Florian Wirtz, autour duquel Arne Slot veut construire l’équipe, a signifié un changement drastique dans l’animation offensive des Reds. Le passage du 4-3-3 au 4-2-3-1, avec l’intégration de différents profils, a bousculé l’équilibre trouvé la saison dernière, ce qui requiert de trouver des automatismes dans un nouveau système. À l’heure qu’il est, on attend toujours de voir Wirtz apposer sa griffe sur le jeu des Reds. L’ex-meneur de Leverkusen n’a pas encore marqué ni délivré d’assist, bien que ce soit lui qui ait créé le plus d’occasions toutes compétitions confondues cette saison. Plus bas sur l’échiquier, Liverpool ne peut plus compter sur le même apport en termes de créativité de la part de ses arrières latéraux, devenus davantage une faiblesse provoquée par le départ de Trent Alexander-Arnold. Milos Kerkez, bien que doté d’un énorme potentiel, n’a pas encore prouvé qu’il avait les épaules du top niveau. Au poste de back droit, c’est l’instabilité totale. Jeremie Frimpong possède un bagage atypique, et Conor Bradley reste jeune et fragile. Tous deux ont connu des pépins physiques, ce qui a contraint Dominik Szoboszlai de dépanner à droite, alors que ce n’est pas du tout sa place. L’organisation défensive de l’équipe, tout comme le rendement de Mohamed Salah, souffrent de ces nombreuses altérations de jeu ; avec trois buts et trois assists toutes compétitions confondues, l’Égyptien affiche des stats personnelles respectables, mais en deçà des standards auxquels ils nous a habitués. Enfin, Alexander Isak n’a intégré le groupe qu’en toute fin de mercato, sans s’être entraîné une seule minute avec Newcastle.
On n’oublie pas non plus que Liverpool est toujours au coeur d’un processus de deuil, conséquence du décès brutal de Diogo Jota au début du mois de juillet. S’il serait bien sûr exagéré d’imputer les soucis actuels des Reds à cet unique événement, celui-ci n’a certainement pas aidé les joueurs d’Arne Slot à entamer la saison dans les meilleures conditions, ni à atténuer leurs autres maux. Un tel drame ne peut qu’avoir des répercussions sur l’ambiance du vestiaire. Un sentiment de culpabilité, comme l’impression de ne pas avoir le droit de jouer, ou de célébrer un but en l’absence d’un coéquipier, peut trotter dans la tête des joueurs. D’autant qu’ils leur est impossible de prendre la moindre distance vis-à-vis de la perte de Jota ; le casier vide de l’international portugais, et les hommages rendus par les supporters à la 20ème minute des rencontres leur rappelle en permanence l’accident de leur coéquipier. Mohamed Salah n’avait pas pu contenir ses larmes lors de la journée d’ouverture contre Bournemouth, et avait avoué redouter le retour à l’entraînement au lendemain de sa mort. Il est probable qu’à l’heure qu’il est, les joueurs, incroyablement soudés depuis l’ère Jürgen Klopp, prennent moins de plaisir à jouer au football, et relativisent la réalité de leur métier. Ce qui peut expliquer pourquoi certains cadres, comme Alexis MacAllister et Ibrahima Konaté, sont en méforme, ou pas en pleine possession de leurs capacités physiques. Depuis le début de saison, Liverpool s’est rendu coupable d’un manque de contrôle sur le jeu, et de perdre beaucoup plus de duels qu’à l’accoutumée. En d’autres termes, leurs adversaires en voulaient certainement plus qu’eux. Si les décès de footballeurs restent, heureusement, des phénomènes d’une extrême rareté, les clubs qui ont livré une superbe (suite de) saison après la perte d’un partenaire le sont tout autant. À titre d’exemple, et malgré une entame prometteuse, le Club de Bruges s’est effondré dans la lutte pour le titre lors de la campagne qui a suivi l’accident mortel de François Sterchele, ne terminant qu’à 18 longueurs du Standard et Anderlecht.
Les maux de United sous Ruben Amorim
Certaines légendes de Man. United – tels Wayne Rooney et Gary Neville – doutent de plus en plus des capacités de Ruben Amorim à ramener les beaux jours à Man Utd. La critique la plus acerbe dirigée à l’adresse du jeune coach portugais réside dans son manque de flexibilité tactique, et son refus de changer sa philosophie de jeu. Amorim est un adepte du 3-4-3, un système peu en phase avec les traditions d’Old Trafford. Ce système se déclinait même en 3-4-2-1 lorsqu’il dirigeait le Sporting Portugal, où il pouvait compter sur Victor Gyökeres comme point d’ancrage sur sa ligne offensive. Cette tactique est peu utilisée en Angleterre, compte tenu de la nature très physique de son football. Est-elle alors vouée à l’échec, comme l’estiment bon nombre d’observateurs outre-Manche ? La réponse est évidemment un grand non. Sous Antonio Conte (et avec Eden Hazard sur l’aile gauche), Chelsea s’est adjugé haut la main son dernier titre en date en 2016-17 en jouant de la sorte. Un autre exemple frappant nous vient de Crystal Palace : Oliver Glasner réalise des miracles avec les Eagles en appliquant ce plan de jeu.
Par contre, il est reproché à Amorim que ses joueurs actuels ne sont peut être pas taillés pour un tel système. Son double pivot, dans lequel Bruno Fernandes évolue souvent aux côtés de Manuel Ugarte ou Casemiro, ne fonctionne pas. Ce dispositif n’exploite pas au mieux les qualités du meneur mancunien, lequel est plus à l’aise en véritable numéro 10. Kobbie Mainoo, l’une des rares révélations sous Erik ten Hag, n’a plus voix au chapitre. L’entrejeu de Man U manque cruellement de puissance, ce qui permet à des adversaires bien plus athlétiques de dépasser le jeu imprimé par les Mancuniens, surtout quand ils s’alignent avec trois médians. Et Mason Mount, milieu offensif de formation, a été déployé comme back-ailier gauche à plusieurs reprises.
Alors, électrochoc en vue ?
C’est évidemment possible que le vainqueur du choc de dimanche en connaisse un, bien qu’il soit tout aussi prématuré de le dire. D’autant que l’heure est à la patience, et que Slot comme Amorim en recevront pour raviver la flamme du coeur rouge de leurs clubs. Le coach néerlandais possède un immense crédit de par la façon dont il a assuré la succession de Jürgen Klopp, et le Portugais a été engagé sur base d’une vision à long terme. Dans un derby d’Angleterre, la seule garantie est celle d’un duel électrique. Peut-être même que face à des arrières latéraux de Liverpool en souffrance, le déploiement de back-ailiers en soutien des attaquants pourrait créer du surnombre en faveur de United sur les flancs. Cette tactique avait déjà payé la saison passée, lorsque des Red Devils en méforme totale avaient décroché un inattendu partage 2-2 à Anfield. Mais cette fois, Liverpool joue dans le rôle de la bête blessée, et un sursaut d’orgueil de sa part est tout aussi imminent que les faux pas de l’avant trêve. Reste à savoir s’il se produira dimanche.