Nous voilà déjà à l’aube d’une nouvelle campagne européenne. Il s’agit d’une deuxième édition dans le format « de ligue » à 36 que nous avons tout juste découvert l’an dernier, et celle-ci nous a déjà réservé quelques surprises dans la phase de qualification de la Ligue des Champions. Pour la première fois, six équipes du même pays (l’Angleterre) entreront au premier tour de l’élite continentale. Et dans le même temps, quelques petits nouveaux s’inviteront à la fête, des équipes que personne n’aurait un jour imaginé voir fouler les pelouses de la Champions League. L’un d’entre eux se tiendra même en travers de la route du Club de Bruges. De son côté, Genk se mesurera principalement à des adversaires que l’Union, Anderlecht et Gand avaient affronté la saison passée, ce qui lui offrira son lot de duels variés, de par sa participation en Europa League. L’ouverture de cette phase de ligue est justement l’occasion d’apprendre, ou réapprendre à connaître ces noms certes moins ronflants, mais essentiels à la richesse et la diversité du ballon rond.
Comme l’année passée à la même période, je vous offre un petit tour de quelques destinations « exotiques » qui illumineront les soirées de Champions League, et/ou celles des clubs belges. Et vous verrez que « petit » club (à l’échelle continentale), ou contexte hors du commun, rime parfois avec « exil ». Ce qui peut être aussi valable pour des pointures. Voyons cela de plus près.
FK Bodø/Glimt (se prononce Boudeu-Glimt) :
Je commence avec un club dont vous avez sans doute entendu parler au moins une fois, maintenant. Et que j’avais déjà évoqué dans un article similaire il y a un an. Mais au vu des résultats toujours plus épatants de ce plus si petit club norvégien niché sur le Cercle polaire, je me voyais mal ne pas le mentionner à nouveau. Le voilà bien parti pour remporter un 5ème titre en championnat en 6 ans, son 3ème d’affilée.

Gerd Eichmann, CC BY-SA 4.0 https://creativecommons.org/licenses/by-sa/4.0, via Wikimedia Commons
Et son quart de finale de Conference League en 2021-22 n’est pas resté dans les records comme un exploit isolé. La Superlaget a passé l’hiver européen les 3 années suivantes, et s’est même hissée en demi-finale d’Europa League la saison dernière. En se qualifiant pour la Champions League pour la première fois de son histoire, elle s’est emparée du record du club le plus septentrional à jamais la jouer, et offrira à la ligue étoilée sa toute première aventure en terres arctiques. Durant ces campagnes à succès, les plus célèbres victimes du synthétique du redouté stade Aspmyra se nomment l’AS Roma (2 fois), le Celtic, l’AZ Alkmaar, Beşiktaş (2 fois), Twente, l’Olympiakos et la Lazio. Et entre le 29 juillet 2021 et le 15 septembre 2022, Bodø/Glimt a réussi l’exploit de remporter 14 rencontres européennes consécutives à domicile.
Kairat Almaty :
Le club de Kairat Almaty partage trois similitudes avec Bodø/Glimt : ses couleurs, une première en Champions League, et un record géographique. Après son voyage le plus au nord, la C1 repoussera ses frontières à l’est, et offrira un infernal déplacement jusqu’aux frontières du Kirghizistan et de la Chine. Le Club de Bruges et le Real Madrid devront se farcir presque 6000 kilomètres dans chaque sens pour y défier le club phare du Kazakhstan à l’époque soviétique. Celle qu’on surnommait L’Équipe de la Nation était la seule écurie kazakhe à avoir jamais joué parmi l’élite en URSS, et s’est imposée en tant que rivale éternelle du FC Astana, lequel est originaire de la capitale, alors qu’elle évolue dans la plus grande ville du pays. Depuis l’indépendance, Kairat a remporté 4 titres et 8 coupes nationales. Le périple des Brugeois jusqu’au stade Central d’Almaty ne sera d’ailleurs pas le premier pour une délégation belge : c’est là que les Diables Rouges avaient laissé filer une avance de deux buts en déplacement au Kazakhstan lors des qualifications pour l’Euro (2-2) le 12 septembre 2007.

Pafos FC :
Le troisième petit nouveau en Ligue des Champions est un club très jeune. Le FC Pafos est un club né d’une fusion, en 2014, de l’AEP Paphos et l’AEK Kouklia, dans le but d’offrir au District de Paphos (= l’ouest de Chypre) un club sain et apte à jouer les premiers rôles en championnat. Le premier de ces défunts clubs croulait sous les dettes, le deuxième n’était qu’une petite équipe locale.

Par cette fusion, le Pafos FC est devenu le symbole d’une institution moderne, mais dont l’identité rappelle la cause identitaire chypriote. Son emblème arbore le portrait d’Evagoras Pallikarides, un héros de la lutte anticoloniale qui militait pour une Chypre pro-hellénique. Avec l’appui du fonds d’investissement Total Sports Investments, le club a fini par se professionnaliser pleinement et abandonner sa réputation de club yo-yo pour celle d’une formation stable. Il a remporté son premier trophée majeur, la Coupe de Chypre, et sa première qualification européenne en 2024, et la saison dernière, il a été couronné champion de l’île, seulement onze ans après sa création.
Qarabağ FK :
Le club azéri le plus titré est aussi un club contraint à l’exil forcé depuis 1993. Originaire de la ville d’Agdam, dans la région disputée du Haut-Karabagh, il n’a presque pas pu évoluer sur son sol depuis la chute de l’Union soviétique, et joue désormais à Bakou. Ce qui ne l’a pas empêché de glaner la bagatelle de 12 titres de champion et 8 coupes d’Azerbaïdjan, et de devenir le premier représentant de l’état turcique du Caucase à franchir les groupes d’une compétition européenne, puis à évoluer en Ligue des Champions.

CFC Unofficial (Debs), CC BY-SA 2.0 https://creativecommons.org/licenses/by-sa/2.0, via Wikimedia Commons
La qualification décrochée cette année est la deuxième des Atlılar (les Cavaliers) dans l’élite du football européen après celle de 2017-18. Toutefois, le club a dû attendre deux décennies avant connaître son âge d’or. Le doublé de 1993 fut suivi par une longue période de vaches maigres. Il doit finalement son succès au soutien d’un conglomérat, Azərsun Holdinq, et au génie d’un coach, Gurban Gurbanov, en place depuis 2008, lequel a totalement révolutionné le football azéri.
Malmö FF :
Le dernier adversaire du Racing Genk au premier tour de l’Europa League est l’un des clubs en verve en Scandinavie, et l’un des trois grands du football suédois. Le Malmö Fotbollförening n’a rien à envier à ses rivaux de l’IFK Göteborg et l’AIK Solna, sinon qu’ils restent peut-être les deux clubs les plus suivis du pays. Ses 24 titres de champion et ses 16 victoires en coupe nationale font de lui le club le plus titré de Suède.

C’est d’ailleurs au 21ème siècle qu’il s’est imposé comme force dominante sur la scène footballistique de sa nation, et aussi en tant que franchise la plus riche. Les 8 couronnes gagnées sur les 12 dernières années lui ont permis de détrôner l’IFK en tête du palmarès de l’Allsvenskan. Malmö s’est aussi fait un nom sur la scène européenne, et demeurera sans doute l’unique club nordique à avoir atteint la finale de la Coupe d’Europe des clubs champions (perdue 1-0 contre Nottingham Forest), et disputé la Coupe Intercontinentale, en 1979. Son ancien stade a accueilli des rencontres de la Coupe du Monde 1958 et de l’Euro 1992, et l’actuel, les principales affiches et la finale de l’Euro espoirs en 2009.
Royale Union Saint-Gilloise :
Ce dernier nom vous fera certainement sourire. Pourtant, pour les habitués de la Ligue des Champions, un déplacement à l’Union Saint-Gilloise revêtira une petite touche exotique. Et non parce que des mastodontes viendront fouler la pelouse du pittoresque stade Joseph Marien (photo), lequel n’est justement pas habilité à accueillir la Champions League. Mais parce que l’Union effectue ses débuts dans l’épreuve reine, et était inconnue des radars européens jusqu’à son étonnant quart de finale en Europa League en 2022-23.

Jusqu’à cette saison-là, elle n’avait pris part qu’à cinq campagnes européennes dans toute son histoire, toutes en Coupe des Villes de Foires avant 1965. Elle avait tout de même atteint la demi-finale de l’ancêtre de la C3 en 1959, et s’était offert quelques belles affiches lors de ces aventures : l’AS Roma, la Juventus, et l’Olympique de Marseille (qu’elle retrouvera cette année) s’étaient déplacés jusqu’à Forest.
Tiraillée entre quatre alternatives plausibles au Parc Duden, l’Union a finalement opté pour le stade d’Anderlecht comme domicile européen. La décision n’est certes pas la plus populaire auprès de ses supporters, mais il s’agit tout de même de la plus logique. La pelouse du Stade Roi Baudouin déçoit par sa fragilité, et ce grand stade sonnait désespérément creux lorsque l’Union y jouait l’an dernier. Il y avait aussi la possibilité d’évoluer à Louvain (comme lors de sa première participation à la phase de groupes de l’Europa League) ou à Gand, mais cela aurait imposé un déplacement plus conséquent à ses supporters, surtout en milieu de semaine. Et la capacité de Den Dreef (10.020 spectateurs) n’atteint même pas la moitié de celle du Lotto Park – lequel a déjà reçu bon nombre d’affiches de Champions League -, un véritable inconvénient lorsqu’on doit recevoir les plus grands clubs du continent.
L’Union n’est évidemment pas la première équipe à devoir changer d’antre faute de non-conformité aux exigences (un stade de Catégorie 4 de l’UEFA est requis) de la Ligue des Champions. Elle n’est d’ailleurs pas le premier club belge à devoir le faire. Aussi, ce phénomène de délocalisation se produit presque chaque année. Tantôt pour les motifs mentionnés ci-dessus, tantôt pour des raisons sécuritaires, tantôt en cas de travaux dans un stade. Mais parfois, il arrive qu’un club choisisse lui-même d’évoluer dans une autre enceinte que la sienne. Voici une liste de toutes ces écuries délocalisées le temps d’une (ou quelques) aventures européennes :
- Le Lierse (1997-98, dans l’ancien stade Jules Otten de Gand), FC Thun (2005-06 à Berne), Anorthosis Famagouste (2008-09 à Nicosie), Debrecen (2009-10 à Budapest), Unirea Urziceni (2009-10 à Bucarest), Oțelul Galați (2011-12 à Bucarest), Nordsjælland (2012-13 à Copenhague), Qarabağ (2017-18 au stade Olympique de Bakou, 2025-26 au Republican de Bakou), Brest (2024-25 à Guingamp), et Pafos (2025-26 à Limassol) se sont chacun déplacés le temps d’une rare qualification, leur stade étant trop petit.
- Lille OSC (2001-02, 2006-07 à Lens, 2005-06 au Stade de France), Maccabi Haïfa (2009-10 à Tel-Aviv), BATE Borisov (2008-09, 2011-13 à Minsk), Viktoria Plzeň (2011-12 au Slavia Prague), Ludogorets Razgrad (2014-15, 2016-17 à Sofia), Atalanta (2019-20 à San Siro) et le Sturm Graz (2024-25 à Klagenfurt, son stade ayant été déclassé) ont dû trouver une solution de rechange parce que leur stade ne satisfaisait pas aux normes UEFA. Depuis, ils ont tous rénové leur enceinte, ou en ont construit une nouvelle.
- Brøndby (1998-99 au Parken), Lokomotiv Moscou (2001-02 au Dynamo), AEK Athènes (2003-04 au Panathinaikos), Olympiakos (2003-04 à l’Apollon Smyrnis), Juventus (2008-10 à l’Olimpico du Torino), Tottenham (2016-19 à Wembley), et Barcelone (2023-25 à Montjuic) ont chacun dû emprunter le stade d’un rival, ou un stade national/olympique pendant la rénovation/reconstruction du leur. Le Real Madrid, lui, a pu évoluer dans le stade de son complexe d’entraînement lors de la pandémie de COVID (2020-21).
- HJK Helsinki (1998-99), Arsenal (1997-99 à Wembley), Rapid Vienne (1995-96, 2005-06), Levski Sofia (2006-07), Austria de Vienne (2013-14), Maccabi Tel-Aviv (2004-05 au stade Ramat-Gan, 2015-16 à Haïfa), Ferencváros (2020-21, contre la Juventus et Barcelone) et l’Union Berlin (2023-24) ont choisi volontairement d’occuper le stade d’un rival, ou un stade national/olympique, celui-ci étant plus grand que le leur.
- Galatasaray et Beşiktaş ont reçu respectivement la Juventus à Dortmund et Chelsea à Gelsenkirchen en novembre 2003, suite à une série d’attentats commis à Istanbul.
- Parmi les exilés politiques, on retrouve l’Étoile Rouge de Belgrade (1991-92 à Honvéd Budapest et au CSKA Sofia), le Maccabi Haïfa (2002-03 à Nicosie) et le Shakhtar Donetsk (2014-16 à Lviv, 2017-20 à Kharkiv, 2020-22 à Kiev, 2022-23 à Varsovie, 2023-24 à Hambourg et 2024-25 à Gelsenkirchen), lesquels ont tous dû se déplacer à cause d’un conflit armé sur leur territoire.
- En raison des règles de quarantaine imposées pendant la pandémie de COVID, les équipes suivantes ont dû évoluer « chez elles » à l’étranger lors d’un match de la phase à élimination directe 2020-21 : Borussia Mönchengladbach, Leipzig, Manchester City, Liverpool (1/8èmes de finale à Budapest), Atlético Madrid (1/8ème à Bucarest), Chelsea et Porto (1/4 de finale à Séville).
- Et enfin, mention particulière au Spartak et au CSKA Moscou, qui ne disposaient tout simplement pas de leur propre stade jusqu’en 2014 pour le premier, et 2016 pour le deuxième. Avant cela, le Spartak a joué au stade Luzhniki et au Dynamo, et le CSKA, au Luzhniki également, ainsi qu’au Lokomotiv et à Khimki. Et lors de sa première participation (1992-93) à la Champions League, le club de l’Armée Rouge a même dû évoluer à Bochum et au stade Olympique de Berlin, le temps que le stade national russe, qui portait encore le nom de Lénine à l’époque, se remette aux normes UEFA.