Goodison Park tire sa révérence : les moments forts du derby de la Mersey sur sa pelouse

Ce mercredi soir, Everton accueille son voisin de Liverpool pour le traditionnel derby de la Mersey, le 245ème du nom, dans un match reporté par la tempête qui a frappé le nord des Îles Britanniques le 7 décembre dernier. Un derby qui aura une saveur un peu particulière cette année, pour les supporters des Toffees. En effet, cette édition du match entre les deux clubs de la ville des Beatles sera la toute dernière disputée sur la pelouse de Goodison Park. À partir de 2025, Everton laissera derrière lui son antre mythique pour un stade moderne, flambant neuf, construit au dock Bramley-Moore, sur les rives du fleuve Mersey.

Le départ du club de son stade fétiche, c’est une page de l’histoire du football anglais qui se tourne. Goodison est une enceinte mythique du paysage footballistique d’outre-Manche. Construite en 1892, l’antre du quartier de Walton a accueilli plus de matches de première division anglaise que n’importe quel autre stade. Elle a été le premier terrain de la Football League à accueillir une finale de FA Cup, en 1894, et en a accueilli une autre en 1910. The Grant Old Lady était aussi l’un des sites hôtes de la Coupe du Monde 1966. La demi-finale entre l’Allemagne et l’URSS s’est d’ailleurs jouée sur son gazon.

À Goodison Park, on respire un parfum de tradition, une ambiance typée britannique. Dans les couloirs du stade, on a l’impression de se balader dans un véritable pavillon victorien. Nichées au coeur d’un quartier résidentiel, ses tribunes sont droites, tout juste séparées des maisons voisines par des rues étroites. C’est l’un des derniers stades à accueillir encore des sièges en terrasse. Le tunnel pour monter sur la pelouse est à peine plus large qu’une simple porte, et ne permet qu’à une seule personne de s’y glisser à la fois.

Et pourtant, à sa fondation, Everton ne jouait pas du tout à Goodison Park. Avant de s’y installer, le club bleu du comté du Merseyside évoluait à… Anfield. Jusqu’à 1892 et la fondation du club qui allait devenir son éternel rival. Anfield était alors propriété d’un businessman et brasseur local, John Houlding. Mais suite à une augmentation significative du montant du loyer, les Toffees ont été contraints de déménager, et de s’installer à l’extrémité nord de Stanley Park. John Houlding, lui, a fondé une nouvelle équipe de foot, qui est devenue l’éternel rival d’Everton : le Liverpool Football Club. Le derby de la Mersey était né, et avec lui l’un des rendez-vous incontournables du calendrier du football anglais.

La particularité de ce derby, c’est qu’il n’est féroce que sur la pelouse. Aucune autre rencontre de Premier League n’a connu autant de cartes rouges que celle-ci. Par contre, en tribune, il s’agit d’un « derby amical », comme les Liverpudliens aiment l’appeler. Il n’existe pas le moindre motif de division sociale entre les supporters des deux camps. Ce derby divise les familles, les faits de hooliganisme sont presque inexistants, et les Reds et les Toffees se sont toujours unis pour des causes communes.

Un total de 120 derbies se seront joués sur la pelouse mythique de Goodison Park. Je vous propose de revenir ici sur les moments les plus marquants de ces rencontres particulières, quand elles se sont dérouleés dans l’enceinte de la moitié bleue de la ville de Liverpool.

Le tout premier derby à Goodison, octobre 1894 :

Il a fallu attendre deux ans après la fondation du Liverpool FC pour qu’on joue enfin un derby de la Mersey. Et les Toffees, qui avaient été champions en 1891, ne laissent aucune chance aux Reds, fraîchement promus en Première Division. Everton l’emporte 3-0 dans un match à sens unique.

L’assistance record du derby (78.299 spectateurs), le 18 septembre 1948 :

Un partage 1-1 entre deux équipes qui végéteront en colonne de droite durant l’entièreté de leur campagne, avec des buts signés Willie Fagan et Jock Dodds. Des déboires qui n’empêcheront pas la venue d’une assistance encore inégalée de nos jours lorsque l’un des deux rivaux reçoit son voisin.

Le derby attendu le plus longtemps, septembre 1962 :

Lorsqu’Everton reçoit son rival, le 22 septembre 1962, les deux clubs de la Mersey se retrouvent pour la première fois depuis sept ans, la plus longue période de disette de l’histoire du derby. C’est même une première en championnat depuis plus de onze ans. Liverpool, promu pour la dernière fois de son histoire en date, et dirigé par le légendaire Bill Shankly, parvient à revenir deux fois au score via Kevin Lewis et Roger Hunt, pour arracher un partage en fin de match contre l’équipe qui deviendra championne d’Angleterre en fin de saison.

Emlyn Hughes lance les Reds vers le titre, mars 1973 :

Un déplacement vu comme le piège parfait pour un Liverpool leader du championnat, avec une mince avance sur ses concurrents. Et son capitaine, Emlyn Hughes, tire les Reds de l’ornière avec deux buts dans les dix dernières minutes, pour enregistrer un succès 0-2. Plus rien n’arrêtera les hommes de Bill Shankly dans la reconquête d’un trophée qu’ils attendent depuis sept ans. Ils s’offrent même un doublé cette année-là en remportant la Coupe UEFA face au Borussia Mönchengladbach, le premier triomphe de l’histoire du club sur la scène européenne. Cette saison servira de véritable tremplin vers une dynastie au sommet du football anglais pour Liverpool, qui, pendant 18 ans, remportera 11 titres de champion et ne terminera qu’une seule fois en-dessous de la deuxième place de la Première Division.

Le décès de Dixie Dean, le 1er mars 1980 :

Aussi incroyable que cela ne puisse paraître, le meilleur buteur de l’histoire d’Everton, Dixie Dean, n’avait jamais assisté à un derby en tant que spectateur avant mars 1980. Et cette journée spéciale tourne à la tragédie peu après le coup de sifflet final. Dean, qui venait de célébrer la réduction de l’écart de Peter Eastoe en fin de rencontre, est victime d’un malaise cardiaque et décède sur place à l’âge de 73 ans. Le score final (1-2 pour Liverpool, qui file vers un nouveau titre) est quasiment consigné aux oubliettes.

Le récital d’Ian Rush, novembre 1982 :

Le plus large succès de Liverpool dans son histoire à Goodison Park est signé de la patte d’un seul homme : Ian Rush. Le meilleur buteur de l’histoire des Reds n’éprouve aucune pitié pour le voisin lors d’une après-midi automnale qui va tourner au rêve éveillé pour les supporters rouges. Auteur d’un quadruplé, Ian Rush devient le premier, et encore unique joueur des Reds en date, à inscrire un hat-trick sur la pelouse d’Everton. Encore à l’heure actuelle, il faut remonter à cette victoire 0-5 de Liverpool pour trouver trace d’un tel écart de buts dans un derby de la Mersey, lequel était aussi le plus large enregistré à l’extérieur depuis 1915.

Everton brise l’invincibilité des Reds, mars 1988

Au grand soulagement des fans d’Everton, les rêves des Reds de boucler une saison 1987-88 invaincus vont s’envoler à Goodison Park. Un unique but de Wayne Clarke au quart d’heure de jeu, suivi d’une résistance héroïque aux assauts adverses, offrent aux Toffees un succès de prestige sur leur voisin, qui dominait jusque là le championnat de façon outrageuse. Au sortir du match, Liverpool possédait encore 14 points d’avance et deux matches en retard sur son dauphin, et ne s’est pas privé de récupérer son titre haut la main.

Un thriller en FA Cup pour la dernière de Dalglish

Un match fou, fou, fou. Sans doute l’un des plus beaux jamais disputés dans l’histoire du derby. Lors de ce replay des 1/8èmes de finale de FA Cup, Liverpool a mené quatre fois au score, et chaque fois, Everton est parvenu à revenir, y compris en prolongation, alors que John Barnes pensait avoir fait le plus difficile. Ce match dramatique a d’ailleurs été suivi d’un véritable coup de tonnerre, puisque Kenny Dalglish annonçait, à la surprise générale, sa démission au surlendemain du match. Dans cette confrontation, le dernier mot est finalement tombé en faveur des Toffees, victorieux d’un second replay une semaine plus tard.

Le coup franc de Gary McAllister en avril 2001

Quand Reds et Blues se retrouvent à six journées de la fin du championnat 2000-2001, la tension est à son comble. Everton n’a pas encore assuré son maintien, tandis que Liverpool n’a pas droit à l’erreur dans la course à la Ligue des Champions. Toffees et Reds nous offrent alors un nouveau match au dénouement dramatique, et cette fois, c’est Liverpool, qui, pourtant à 10, et rejoint par Everton à sept minutes du terme, émerge. Un incroyable coup franc de Gary McAllister au bout du temps additionnel maintient Liverpool maître de son destin pour accrocher la C1. Ce succès, au bout du compte, s’avérera crucial dans cette lutte.

La claque d’Everton aux Reds, septembre 2006

Everton n’a que peu goûté au succès lors des derbies disputés dans son stade au XXIème siècle. Les Toffees se sont néanmoins offert leur plus large victoire sur leur voisin à l’ère moderne lors d’une parfaite après-midi ensoleillée de fin d’été 2006. Un 3-0 bien tassé des hommes de David Moyes sur ceux de Rafael Benítez, signé Tim Cahill et Andy Johnson, les place temporairement en tête du général, et jette les bases d’une belle saison pour la moitié bleue de Liverpool, qui terminera sixième.

Un autre thriller, 3-3 en novembre 2013

Un autre partage spectaculaire, teinté d’une touche 100% belgo-belge. Kevin Mirallas, puis Romelu Lukaku à deux reprises, aident Everton a refaire son retard, puis dépasser, Liverpool, dont les buts sont défendus par Simon Mignolet. Les Reds, qui avaient pris l’avantage via Philippe Coutinho, et un coup franc de Luis Suárez, parviennent toutefois à arracher un point en toute fin de match via une tête victorieuse de Daniel Sturridge, et priver Roberto Martínez d’un succès dans un derby, qu’il ne parviendra jamais à obtenir en trois années passées sur les rives de la Mersey.

La controverse d’octobre 2020

Un match dont on se souvient moins pour la qualité du jeu proposé, dans un Goodison vide pour cause de confinement, que pour deux litigieuses décisions arbitrales. La première, l’oubli du VAR de sanctionner la sortie kamikaze de Jordan Pickford, lequel mettra un terme à la saison de Virgil Van Dijk, victime d’une blessure aux ligaments croisés. Ensuite, un but victorieux refusé à Jordan Henderson dans le temps additionnel pour un hors-jeu peu évident. Le match, un peu trop agressif, s’est terminé sur un 2-2.

La déroute de Rafa Benitez en charge d’Everton, novembre 2021

Le passage de Rafael Benítez sur le banc d’Everton n’a pas fait que des heureux dans la moitié bleue de la ville, compte tenu du passé à succès du tacticien espagnol sur celui d’Anfield. Son unique derby en charge des Toffees a d’ailleurs tourné à la débâcle. Everton, qui luttera pour son maintien jusqu’au bout, ne peut rien faire contre le Liverpool de Jürgen Klopp, qui passera près d’un quadruplé historique en fin de saison. Ce succès 1-4 reste d’ailleurs la plus large victoire des Reds à Goodison depuis 1982 et le quadruplé d’Ian Rush.

Everton ruine les derniers rêves de titre de Liverpool, avril 2024

Le premier succès en quatorze ans pour Everton à domicile contre Liverpool conserve une saveur particulière, puisque ce match, gagné 2-0 par les Blues, a mis un terme aux derniers espoirs des Reds de conquérir le titre en Premier League. Liverpool, éreinté par une longue saison et des blessures à répétition, s’est essoufflé dans le sprint final et a littéralement craqué sur la pelouse d’un Everton bien plus frais et apte au combat que son rival. You lost the league at Goodison, entendait-on en fin de rencontre depuis les tribunes. Ce qui n’était pas tout à fait faux…

Et la dernière… le 12 février 2025

Quoi qu’il puisse arriver, le derby de cette saison restera dans les mémoires comme étant le dernier dans un stade de légende. Toute la communauté bleue de Liverpool espère célébrer l’événement avec un ultime succès sur l’éternel rival, alors que la moitié rouge peut s’envoler vers le titre si elle venait à gâcher la fête. L’émotion promet d’être palpable, et l’ambiance brûlante, à l’occasion de ce clap de fin.

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