Le derby d’Angleterre : un examen à réussir dans la conquête du titre en Premier League

L’année 2025 ne pouvait pas commencer plus fort pour Liverpool et Manchester United. Les deux plus grands ennemis du football d’outre-Manche vont croiser le fer dès leur premier rendez-vous dominical pour lancer la phase retour de cette saison en Premier League. Un rendez-vous qui pourrait aussi valoir son pesant d’or dans la lutte pour le titre. Ce qui pourrait paraître surprenant, étant donné que cette nouvelle édition du Derby d’Angleterre apparaît incroyablement déséquilibrée sur papier. United cherche une éclaircie dans sa grisaille, alors que Liverpool veut égaler les 20 titres de champion de son éternel rival, et conjurer le sort de la saison dernière.

En effet, les Reds, qui étaient leaders de Premier League en mars 2024, et encore en course pour un quadruplé, ont été éliminés de la FA Cup à Old Trafford, puis y ont concédé un partage 2-2 en championnat quelques semaines plus tard. Ces deux contre-performances, lors de rencontres qu’ils avaient archi-dominées, ont été un double coup dur mental dans une saison rendue éreintante par les blessures. Jürgen Klopp se souvenait que le revers en FA Cup a été perçu « comme une catastrophe parce que nous étions tellement bons, et avons tout de même perdu », et qu’il « n’était pas certain que son groupe ait bien vécu les matches contre United », lorsqu’il tentait de comprendre pourquoi la fin de campagne 2023-2024 avait tourné en eau de boudin.

Cette année, Liverpool aborde encore le Clásico de Premier League dans le fauteuil de leader. Et rien ne ferait plus plaisir aux supporters des Red Devils que de voir à nouveau le TGV du Merseyside brutalement dérailler. D’autant que cette rencontre a souvent conditionné le devenir de ces mastodontes du ballon rond de Sa Gracieuse Majesté, lorsqu’ils étaient en quête des lauriers suprêmes au crépuscule d’une campagne.

Quand Anfield ose enfin y croire

Cinq ans plus tôt, Liverpool recevait aussi Manchester United dans le fauteuil de leader, avec une avance bien plus large que cette saison. Au bout du temps additionnel, alors que le score est toujours de 1-0, Mohamed Salah part seul en contre sur un dégagement d’Alisson Becker, et ne loupe pas son face à face avec David De Gea. United est K.O., Anfield exulte. Les Reds, forts d’un 21ème succès en 22 rencontres, pointent désormais à 16 longueurs de leur plus proches poursuivants, avec un match en moins. Cette fois, le Kop ose le clamer haut et fort : And now you’re gonna believe us, now you’re gonna believe us. We’re gonna win the League! Le reste de la saison tourne à la véritable procession pour un Liverpool qui remporte enfin son 19ème titre de champion, le premier depuis 1990. Il le validera à 7 journées de la fin, un record de précocité en la matière. Mais le véritable tournant s’est produit le 19 janvier 2020. D’autant qu’un an plus tôt, Liverpool avait perdu du terrain sur Manchester City suite à un partage 0-0 à Old Trafford. C’était comme si, ce soir-là, une barrière psychologique avait été levée par les hommes de Jürgen Klopp sur le chemin du titre. Un succès qui a considérablement gonflé la foi en leurs capacités à franchir la ligne d’arrivée. Un scénario qui s’est produit à maintes reprises entre ces deux rivaux et ce, dans les deux sens.

Liverpool et Man United : éternels rivaux, mais rares concurrents directs sur une même saison

Non seulement Liverpool et Manchester United possèdent pour réputation d’être les deux meilleurs ennemis du foot anglais, mais ils sont aussi les sont les deux clubs les plus titrés de leur pays. Pour autant, ces deux géants rouges n’ont que peu lutté côte à côte pour le titre en championnat. Ce n’est même arrivé que trois fois depuis l’avènement de la Premier League, la dernière en 2008-2009. Après les années 1960, l’éternel rival n’a jamais été le principal concurrent direct de l’autre, lorsque celui-ci dominait le foot anglais. Dans les années 1970 et 1980, Liverpool bataillait avec le Nottingham Forest de Brian Clough, et le voisin d’Everton, emmené par Howard Kendall. Dans les années 1990 et 2000, Man Utd et Alex Ferguson avaient pour meilleurs rivaux l’Arsenal d’Arsène Wenger, puis le Chelsea de José Mourinho et de Carlo Ancelotti. Et depuis son retour au premier plan sous Jürgen Klopp, fin des années 2010, Liverpool compte bien sûr le Manchester City de Pep Guardiola comme plus grand adversaire.

Toutefois, il était rare que le Derby d’Angleterre n’ait la moindre incidence dans la lutte pour le titre, lorsque l’un des deux ennemis rouges la jouait. Aucun entraîneur, aucune génération mythique de ces deux clubs n’a pu échapper à l’impact d’un résultat contre le grand rival, en cas d’écart serré avec un concurrent direct. Qu’il soit positif ou négatif.

Les titres gâchés, ou confortés par le derby d’Angleterre

Dans les années 1970 et 1980, United a connu peu d’occasions de détrôner Liverpool de son piédestal. 1977 reste d’ailleurs une année faste pour les Reds : l’année de leur premier triomphe en Ligue des Champions, et le succès gagné 1-0 contre Man United le 3 mai, grâce à un coup de tête de Kevin Keegan, les ont placés à une encablure du titre. En avril 1979, rebelote, avec un succès 2-0 signé Kenny Dalglish et Phil Neal. Les Reds, qui ne concéderont plus qu’une seule défaite après le choc, seront sacrés un mois plus tard.

En 1981-1982, United fait pourtant la course en tête jusqu’à la fin de l’hiver. Les Reds ont ensuite carburé en deuxième moitié de saison pour coiffer au poteau des Red Devils emmenés par Bryan Robson et Ron Atkinson. Le tournant ? Un succès des Reds 0-1 à Old Trafford au mois d’avril.

En mars 1985, Liverpool perd tout espoir de rattraper Everton en s’inclinant 0-1 à Anfield contre son éternel rival.

Cinq ans plus tard, par contre, Liverpool, alors à la course avec Aston Villa, ne loupe pas le coche dans son déplacement en terres mancuniennes : 1-2 avec un doublé de John Barnes. Ce triomphe conforte la place des Reds sur un siège de leader qu’ils ne quitteront plus du tout. Ce 18ème titre est d’ailleurs le dernier avant une période de 30 ans de disette, qui s’est terminée avec le sacre de 2020.

Dès les années 1990, la tendance s’inverse. En avril 1992, United, emmené par Alex Ferguson, chasse les lauriers, mais perd tout espoir de remporter un premier titre de champion d’Angleterre depuis 25 ans, en s’inclinant 2-0 à Anfield lors de l’avant-dernière journée. Les Red Devils obtiendront toutefois leur revanche dès la prochaine tentative. Leur succès 1-2 à Anfield en mars 1993 les catapulte vers le sacre tant attendu, et surtout, vers l’avènement de la période la plus glorieuse de leur histoire.

En avril 1997, Liverpool n’est pas loin de United au classement, au moment de recevoir des Red Devils leaders. Man Utd s’impose 1-3 à Anfield et met fin à tout suspense, avant d’acquérir son titre mathématiquement dans les jours qui suivent. La saison suivante, le partage 1-1 concédé à domicile contre les Reds à cinq journées de la fin, laisse Manchester cinq points derrière Arsenal. Un faux pas déterminant pour un Man U qui avait pourtant fait la course en tête la majorité de la campagne.

Début avril 2003, United, invaincu depuis le Boxing Day précédent, écrase Liverpool 4-0. Il ne perdra plus que deux points dans sa marche vers un huitième sacre en 11 saisons. Un an plus tard, un pénalty de Danny Murphy à Old Trafford met fin mathématiquement aux minces espoirs des Red Devils de rattraper l’invincible Arsenal, et qualifie Liverpool pour la Ligue des Champions, compétition que les Reds gagneront l’année suivante.

En mars 2007, Man Utd, leader devant Chelsea, se rend à Liverpool, troisième et encore invaincu à Anfield en championnat, pour ce qui est sans doute son plus gros test dans sa lutte à distance avec les Blues. Les Red Devils résistent aux assauts des garçons de Rafa Benítez, et volent la victoire dans le temps additionnel via John O’Shea. Ils ne trembleront plus et remettront la main sur le sacre après quatre ans d’attente.

Et en 2019, 2020 et 2024, ce sont les Reds de Jürgen Klopp qui sont soit freinés, soit libérés par un résultat clé contre Manchester United.

Quid de cette année ?

Au moment d’aborder le choc de dimanche, Liverpool sort d’une première moitié de saison de rêve. Arne Slot a décroché un bilan record pour ses débuts à la tête de son nouveau club. Les Reds trônent en tête de la Premier League et de la nouvelle phase de ligue de la Champions League, sont en demi-finales de la Coupe de la Ligue, n’ont perdu qu’un seul match toutes compétitions confondues et restent sur 23 rencontres sans défaite. Le contraste avec son plus grand rival ne pouvait pas être plus frappant : United pointe à une piteuse 14ème place, avec à peine 7 points d’avance sur la zone rouge, et reste sur 4 revers de rang. Le groupe actuel de Man U peine toujours à épouser la philosophie de jeu du nouvel entraîneur Ruben Amorim, bâtie autour d’un système en 3-4-3.

De plus, les déplacements à Anfield ne réussissent plus à Man United. Son dernier succès dans le stade rouge de la Mersey remonte déjà à janvier 2016. Pire : sur cette période, les Red Devils ne sont parvenus à y inscrire qu’un seul but, bien qu’ils aient tout de même obtenu quatre partages. Et au match aller, Liverpool s’est imposé 0-3 à Old Trafford, match que je préfaçais ici.

Vous l’aurez compris, tous les voyants semblent au vert pour Liverpool cette année. Mais peu importe l’enjeu, ou la situation au classement des deux clubs, le Clásico anglais ne revêt jamais l’accoutrement d’une rencontre standard. Il ne reste donc aux Reds qu’une tâche à accomplir : conclure sur le terrain, comme en janvier 2020.

Laisser un commentaire