
À moins que vous ne viviez aux Îles Britanniques, ou ne soyez un inconditionnel de la Premier League, vous savez que solstice d’hiver et fêtes de fin d’année riment habituellement avec trêve hivernale, dans le monde du football. Notre Pro League vient de se mettre en pause, et la Challenger Pro League, compétition sur laquelle je suis amené à travailler le plus régulièrement, ne reprendra que le 10 janvier. L’arrivée de la moitié de saison apporte avec elle un bon lot d’enseignements des nombreuses choses qui se sont passées sur les terrains depuis le mois d’août. Cette pause est le moment idéal de dresser un bilan des 16 journées disputées jusqu’à présent, et de voir quelles tendances se sont confirmées depuis le quart de saison.
Avant d’aller plus loin, rappelons la tournure pour le moins singulière que cet exercice 2024-2025 a pris dès le mois d’octobre, laquelle est due, sans aucun doute, à la faillite de Deinze. Le forfait général des Tigres laisse le championnat se disputer à 15 clubs, et modifie la donne au classement. C’est en bas de tableau qu’on observe l’impact le plus marquant ; le club flandrien étant radié, il n’y aura plus qu’un seul autre descendant vers la Nationale 1. Ce bilan sera suivi, en prime, du petit jeu de pronostics pour les verdicts de fin de saison comme je l’avais promis lors de mon premier état des lieux. Avec, comme vous vous en douterez, quelques changements par rapport à ce que j’imaginais il y a deux mois.
Toujours au top : Zulte Waregem, La Louvière et le Patro Eisden
Zulte Waregem est parti en vacances dans le fauteuil de leader, et aussi, dans le costume de favori numéro 1 au titre. Le Essevee arbore les chiffres d’un champion : 12 victoires et 35 buts marqués en 15 matches répertoriés. Sven Vandenbroeck a su insuffler à son groupe une confiance sans faille en ses capacités, et ça marche. La preuve : Jelle Vossen et Jeppe Erenbjerg sont absolument intraitables. 12 buts pour l’ex-attaquant de Genk et Bruges, 5 buts et 5 assists pour le Danois ; personne d’autre n’est aussi décisif dans ce championnat.
Tout est rose à La Louvière et cette saison de retour dans le football professionnel est en train de tourner au conte de fées. Quiconque s’attendait à ce que les Loups rentrent dans le rang a vite déchanté. La RAAL ne montre aucun signe de ralentissement dans ses performances, qui sont d’un niveau bien plus élevé que tout ce qui pouvait être suspecté de la part de ses garçons, et le mérite en revient à Frédéric Taquin et son staff. Elle aurait même pu être toujours coleader sans la faillite de Deinze, qui lui a fait perdre trois points, contre un seul à Zulte Waregem. Voilà longtemps que sa place dans le top 6 ne fait plus le moindre doute. Une dernière question subsiste, cependant : sera-t-elle capable de tenir le coup à ce rythme jusqu’au bout ?
Malgré un revers inattendu avant la trêve, le Patro Eisden trône toujours à une belle quatrième place et la promotion directe reste d’atteinte. La défaite surprise contre Seraing n’était que la deuxième de la saison pour les Limbourgeois, et la première réelle contre-performance contre un mal classé. Rigueur et efficacité sont les maîtres mots du groupe mené d’une main de fer par Stijn Stijnen, auxquels s’ajoutent une bonne dose de cynisme, véritable reflet de l’entraîneur. Avec 8 points d’avance sur Lommel, le Patro devrait se qualifier pour le tour final sans le moindre problème.
En progrès : Beveren, Seraing et les RSCA Futures
Il y a deux mois, Beveren était en crise. Sa saison menaçait de tourner au désastre et Marink Reedijk n’avait pas l’air inspiré devant un groupe en proie au doute. Et voilà à présent les Waeslandiens cinquièmes du général, forts de 4 succès sur leurs 6 derniers matches. Le secret de leur remontée ? Une solidité défensive retrouvée (leurs 15 buts encaissés font d’eux la deuxième meilleure défense de la division), couplée à la faillite de Deinze. Une place s’est libérée dans le top 6, et Lennart Mertens, fraîchement débarqué, va apporter du poids et un sens du but à un secteur offensif qui en manquait cruellement, due à la tendresse de son jeune âge.
Seraing n’est pas l’équipe au noyau le plus large, ni au plus gros budget. Son groupe n’est pas non plus le plus talentueux, ni le plus expérimenté. Sa moyenne d’âge est de 21 ans et demi à peine. En revanche, on ne peut pas reprocher aux garçons de Mbaye Leye de manquer de courage et de générosité sur la pelouse. Il y a un système en place, construit autour de Pape Fall, buteur et pivot, qui pèse sur une défense. Et ce travail commence à porter ses fruits. 3 victoires depuis début novembre, pour seulement 2 défaites, et encore, contre les deux premiers. 4/6 contre le RWDM et le Patro en décembre. Une envie de se battre qui pourrait être récompensée en fin de saison par un sauvetage.
La plus belle remontée au classement est sans nul doute à mettre à l’actif des RSCA Futures. À l’entame du mois d’octobre, les jeunes Mauves semblaient au fond du trou, avec un piteux bilan d’1 point sur 21. Le premier succès, gagné à la surprise générale contre le RWDM, a tourné au véritable électrochoc ; les garçons de Neerpede ont à présent remporté 12 points en 8 matches et comptent 2 points d’avance sur l’unique siège éjectable, avec un match en moins. La clé ? Une confiance retrouvée dans le groupe, conjuguée à un apport de poids offensif dans le système de jeu de Jelle Coen, avec un Anas Tajaouart en véritable meneur. La route vers le maintien est encore longue, mais bien à la portée des Futures.

En perte de vitesse : RWDM et Lommel
Le groupe du RWDM ne manque certainement pas de talent. Et encore moins des qualités footballistiques requises pour monter directement. En revanche, il a souffert en automne d’un petit manque de maturité. Pas mal d’erreurs de jeunesse, et sans doute un peu de suffisance dans les prestations, ont coûté de bêtes points. Le bilan récent fait état de 2 victoires seulement sur les 6 derniers matches, ce qui a fait perdre du terrain aux Coalisés. Ils ont ensuite manqué le coche au Tivoli et partent à la trêve avec 5 points de retard sur les Loups. Toutefois, le déficit n’est pas insurmontable, et on ne doute pas que Yannick Ferrera trouvera le moyen de faire carburer les Molenbeekois au même rythme qu’en tout début de saison.
Les joueurs de Lommel étaient les premiers à déclarer cette saison que leur ambition était de monter en Jupiler Pro League. Jusqu’au 1er novembre, le Sportkring était sur la bonne voie. Il venait d’enchaîner un huitième match sans connaître la défaite. Depuis, rien ne va plus. 0 victoire en 6 matches pour terminer l’année. Un bilan qui laisse les Lommelois en dehors du top 6, et surtout, à 14 points des sièges de promus. La réalité a fini par rattraper Steve Bould et le City Football Group, une fois de plus. L’équipe, très jeune, s’est mise à douter, et ne possède évidemment pas l’expérience de ses rivaux. Contre le top 4, le bilan est implacable : 0/12. Toutefois, on se souvient que la saison dernière, Lommel avait aussi connu un passage à vide à l’approche de l’hiver, avant de se reprendre nettement après le Nouvel An. Des renforts ne sont évidemment pas à exclure en janvier, ce qui devrait aider Steve Bould à remonter au classement.
En eaux troubles : Eupen et le Jong Genk
Avec sa dixième place actuelle, Eupen est sans doute la véritable déception de cet exercice 2024-2025 en Challenger Pro League. Et le club germanophone ferait bien de regarder dans son rétroviseur ; l’écart actuel avec la zone rouge est moins grand que celui qui le sépare du top 6. Depuis août, le jeu des Pandas est terne, insipide. Ils n’ont gagné que 4 matches, dont 1 seul au Kehrweg. Leur entraîneur, Mersad Selimbegović, n’arrive toujours pas à faire passer ses idées à son groupe, et le temps presse. À moins d’un véritable déclic, on ne voit pas bien comment Eupen pourrait accrocher le tour final. Et pourtant, un échec à ce niveau constituerait un véritable camouflet pour une formation qui évoluait encore en Jupiler Pro League au printemps dernier.
Le Jong Genk est en zone rouge, alors qu’il avait pourtant réussi son entame de championnat. Les jeunes Racingmen n’ont gagné qu’un seul match depuis le mois d’août, et celui-ci remonte déjà au 6 octobre. Le bilan récent est désastreux et leur défense prend l’eau de toute part : 5 points sur 39 et 34 buts encaissés. Le groupe de Thomas Buffel ne manque pas de talent, et encore moins de qualité technique, mais il apparaît beaucoup trop dépendant de Robin Mirisola, et surtout en crise de confiance. La promotion de Karetsas dans le noyau A prive Buffel d’un véritable maestro. Il est justement en grand besoin d’une étincelle, et aussi d’une injection d’expérience au plus vite, sinon, ça va sérieusement sentir le roussi à la Cegeka Arena…
Enfin, petite mention pour les Francs Borains, qui évitent cette catégorie grâce au bilan de 10 points sur 15 glanés depuis la prise de fonction de Karim Belhocine.
Mes pronostics actuels (au 27 décembre 2024) pour la fin de saison :
Promus en Jupiler Pro League : Zulte Waregem (champion) et RWDM.
Qualifiés pour les playoffs : La Louvière, Patro Eisden, Lommel et Beveren.
Relégués en Nationale 1 : Jong Genk et Deinze (radié).