
Photo de David Ruddell, disponible sur Wikimedia Commons, sous licence CC BY 2.0.
Il n’y a pas qu’en Belgique que les supporters de football laissent aller leur joie face aux déboires de l’Équipe de France. Beaucoup d’Italiens se réjouissent de voir les Bleus sortir des grands tournois, tout comme les Français sont les premiers heureux des échecs de la Squadra Azzurra. En fait, la France et l’Italie s’amusent à se mesurer l’une à l’autre, ou se faire des coups bas depuis des siècles, et ce bien loin des terrains de football.
Au lendemain du Moyen-Âge, on peut citer le Défi de Barletta durant la Troisième guerre d’Italie, en 1503. La trahison de Napoléon en 1797, lequel avait livré Venise à l’Autriche. La rivalité entre Français et Italiens est ensuite devenue sociale lors des nombreuses vagues d’immigration : en France, les Italiens, venus travailler dans les mines ou comme ouvriers agricoles, étaient parfois perçus comme des « ritals » ou des « macaronis » qui volaient le travail des Français. De nombreuses célébrités françaises ou italiennes ont des racines issues de l’autre côté des Alpes : Catherine et Marie de Médicis, Napoléon Bonaparte, Émile Zola, Pierre Cardin, Michel Platini, et bien d’autres. Et l’Italie a connu aussi sa vague d’immigration française ; ironie de l’histoire, c’est surtout dans le monde du football qu’elle s’est produite. Bon nombre de joueurs français ont en effet atteint le summum de leur carrière dans le Calcio, notamment à la fin des années 1990.
Tous ces événements historiques ont aidé à faire de la France et de l’Italie les plus vieux ennemis du football européen. Leur premier affrontement en match officiel remonte déjà aux Jeux Olympiques d’Anvers de 1920 : un succès des Bleus 3-1. Cette victoire n’a pas du tout annoncé la couleur des duels suivants ; l’Italie tenant totalement la dragée haute au voisin français durant six longues décennies. La France est d’ailleurs devenue la première nation hôte d’une Coupe du Monde à ne pas remporter le trophée chez elle. La faute au voisin italien, victorieux 1-3 des Tricolores au stade olympique de Colombes en quarts de finale du Mondial 1938.
À partir des années 1980, lorsque la France connaîtra ses premières générations dorées, cette tendance va se rééquilibrer, les duels franco-italiens vont devenir de plus en plus fréquents. Avant le duel qui va opposer dimanche la Squadra Azzurra aux Bleus, pour le compte de la dernière journée de la phase de groupes de Ligue des Nations, avec pour enjeu la victoire dans le groupe A2, je vous propose de revenir sur cinq des duels les plus marquants entre les deux pays.
Italie 0-2 France, 17 juin 1986, 1/8ème de finale de la Coupe du Monde 1986
L’affiche a de quoi être alléchante. Le champion du monde contre le champion d’Europe en titre. Une finale avant la lettre qui se joue au stade olympique universitaire de Mexico City. Et elle se dispute déjà au stade des huitièmes de finale, l’Italie comme la France ayant toutes deux échoué à gagner leur groupe au premier tour. Et c’est l’Équipe de France, au coeur de sa première génération dorée, qui sortira enfin vainqueur d’un choc contre la Squadra Azzurra. Les Bleus affichent leur supériorité dès le premier quart d’heure : Michel Platini, auteur d’une subtile pichenette au-dessus de Giovanni Galli, ouvre le score, et surtout, la voie d’un succès amplement mérité sur son voisin. Les plus belles occasions de la rencontre sont pour la France, et Yannick Stopyra double inévitablement la mise avant l’heure de jeu. La Nazionale, qui apparait essouflée, est K.O. debout, et abandonne son titre. Ce succès marque le premier triomphe français en grand tournoi contre l’Italie, et surtout, son premier en match officiel depuis les JO 1920. La France n’en sera pas à son dernier fait d’armes dans ce Mondial mexicain ; elle fera tomber le Brésil en quarts de finale, mais chutera à nouveau contre un vieil ennemi, l’Allemagne, pour la deuxième fois consécutive en demi-finale. Elle se consolera toutefois avec une belle médaille de bronze, en battant la Belgique en petite finale.
Italie 0-0 France (a.p., 3-4 tab), 3 juillet 1998, 1/4 de finale de la Coupe du Monde 1998
Rien de plus symbolique pour la France, lors de sa Coupe du Monde, que de recevoir à nouveau l’Italie sur ses terres. Et au même stade que soixante ans plus tôt, lorsque la Squadra, en route vers un deuxième sacre de rang, avait sorti les Bleus alors organisateurs. Le match s’annonce disputé et indécis, entre deux formations qui se connaissent quasi par coeur. De nombreuses stars de l’Équipe de France de l’époque évoluent en effet dans le Calcio : Zinédine Zidane (Juventus), Didier Deschamps (Juventus), Marcel Desailly (AC Milan), Youri Djorkaeff (Inter) et Lilian Thuram (Parme). Et ces deux formations sont bien décidées à ne rien laisser à leurs adversaires. Le match est fermé, tendu, l’atmosphère au Stade de France est irrespirable. Personne ne trouve la faille dans la défense adverse et l’issue de la rencontre apparaît inévitable. Le stress atteint son paroxysme lorsque Hugh Dallas siffle la fin de la prolongation. Et comme lors des deux éditions précédentes du Mondial, l’Italie craque aux tirs au but. Le score est de 3-3 après quatre tirs chacun. Laurent Blanc inscrit le cinquième tir français, et Luigi Di Biagio frappe la transversale du but de Fabien Barthez. La Botte est inconsolable, alors que l’Hexagone file tout droit vers ce premier sacre en Coupe du Monde tant attendu.
France 2-1 Italie (a.p.), 2 juillet 2000, finale de l’Euro 2000
Le plus beau succès des Bleus sur les Azzurri est aussi l’un des souvenirs les plus douloureux des tifosi. Ce match reste dans la mémoire collective italienne comme la bouteille de champagne rebouchonnée. En montant sur la pelouse du Kuip de Rotterdam, la France et l’Italie espèrent couronner un tournoi impressionnant. La France vient de sortir l’Espagne et le Portugal alors que l’Italie s’est payé le scalp des deux pays organisateurs : elle a battu la Belgique à Bruxelles puis dégoûté les Pays-Bas en demi-finale. Comme deux ans plus tôt, c’est un match tendu, tactique, bien qu’un peu plus ouvert. Les deux camps ont chacun l’occasion d’ouvrir le score en première mi-temps, et, dix minutes après le repos, l’Italie frappe la première via Marco Delvecchio. Le joueur de la Roma, oublié au deuxième poteau sur un centre de Pessotto, inscrit son premier but avec la Nazionale. Un but qui vaut de l’or, pense-t-on, alors que les minutes s’égrènent. La France pousse, mais ne trouve pas la faille. L’Italie manque le K.O. plusieurs fois en contre. Jusqu’à la dernière minute du temps additionnel. Les Italiens, debout, prêts à fêter leur victoire, voient Sylvain Wiltord enfin franchir Francesco Toldo, lequel n’a pas eu la main ferme sur la frappe du gauche de l’attaquant de Bordeaux. Le match vient de basculer. La France, revigorée par ce revirement presque inespéré, domine ensuite en prolongation une Squadra assommée, et c’est David Trezeguet, qui vient tout juste d’être transféré à la Juventus, qui assène le coup de grâce d’une magnifique demi-volée. Ce but en or permet aux Bleus de devenir la première sélection nationale à gagner l’Euro tout de suite après le Mondial. La place de la génération de Zinédine Zidane dans la légende du football est assurée.
Italie 1-1 France (a.p., 5-3 tab), 9 juillet 2006, finale de la Coupe du Monde 2006
La revanche tant attendue de l’Italie sur le voisin français. Le retour du Calcio sur le toit du monde. Et surtout, un beau pied de nez à tous ses détracteurs, alors que la Serie A est engluée dans le scandale du Calciopoli. La Squadra est en Allemagne en mission. Pas seulement en mission rédemption, mais en reconquête d’un sacre international qui lui échappe depuis 1982. Elle arrive en finale à Berlin forte d’un catenaccio exercé de main de maître durant l’entièreté du tournoi ; un seul but encaissé, et encore, contre son camp. En face, Zinédine Zidane s’apprête à jouer son dernier match. Il emmène des Bleus qui débarquent en finale en véritable moteur diesel : ils viennent de sortir l’Espagne, le Brésil et le Portugal après une lente entame de compétition, et visent un deuxième sacre en huit ans. La France vit un début de finale de rêve : Zidane éblouit le monde en transformant un pénalty d’une géniale panenka après à peine quelques minutes de jeu. Mais la Squadra ne se laisse pas abattre, et égalise moins d’un quart d’heure plus tard, sur un coup de tête rageur de Marco Materazzi. Le reste du match suit une tendance déjà vue lors des précédents affrontements : une bataille tactique, les deux camps obtenant de quoi faire plier la rencontre. Luca Toni touche la barre sur corner, un pénalty est refusé aux Français en seconde mi-temps, un but du même Toni est annulé pour une position de hors-jeu, et en prolongation, Buffon sort le coup de tête de Zidane d’une splendide claquette. La suite, on la connaît. À dix minutes de la fin de la prolongation, c’est la stupeur. Zizou se voit signaler sa fin de carrière dans ce qui reste l’exclusion la plus légendaire de l’histoire de la Coupe du Monde, ayant répondu à la provocation de Materazzi par un coup de boule. Aux tirs au but, cette fois, l’Italie ne tremble pas. David Trezeguet, héros six ans plus tôt, frappe la transversale de Buffon, et Fabio Grosso transforme la balle de match. Toute la Botte chavire dans l’euphorie, l’Italie vient enfin de décrocher sa quatrième étoile.
France 0-2 Italie, 17 juin 2008, Groupe C de l’Euro 2008
Un duel couperet lors de la dernière journée de la phase de groupes de l’Euro 2008, pour ce qui marque les troisièmes retrouvailles entre Bleus et Azzurri en deux ans à peine. La France avait déjà pu prendre sa revanche sur l’Italie lors de la phase préliminaire de ce même Euro ; elle s’est imposée 3-1 au Stade de France tout juste deux mois après la finale de Berlin. Le match retour, lui, s’est soldé par un 0-0 à Milan. Mais cette fois, les deux finalistes du dernier Mondial sont à la traîne dans le Groupe C. Ils ont tous deux été giflés contre les Pays-Bas et n’ont pas été capables de faire mieux qu’un match nul contre la modeste Roumanie. Au stade Letzigrund de Zürich, c’est victoire obligatoire pour les deux camps, ou retour à la maison prématuré. Et comme à Berlin, c’est l’Italie qui abat la France, mais cette fois, la rencontre bascule très vite. Après à peine 24 minutes, Éric Abidal est renvoyé au vestiaire pour une faute dans la surface sur Luca Toni en tant que dernier homme. Andrea Pirlo convertit le pénalty, et l’Italie plie tout suspense peu après l’heure de jeu lorsqu’un coup franc dévié de Daniele De Rossi termine au fond du but de Grégory Coupet. Les Bleus, à dix, ne peuvent rien pour inverser la tendance, et encaissent le premier de nombreux fiascos au lendemain de la retraite de Zidane. Pour l’Italie, la joie sera de courte durée ; elle quittera la compétition au tour suivant, battue par une Espagne en pleine lancée vers le début de son âge d’or.