La Ligue des Champions et sa phase de ligue : une énième étape dans l’histoire d’un tournoi toujours en pleine expansion

La Ligue des Champions de l’UEFA va connaître une véritable révolution, en cette année 2024. En effet, 36 clubs vont participer dès ce mardi 17 septembre à sa nouvelle phase de ligue, une sorte de mini-championnat européen qui précèdera sa phase à élimination directe. Si l’on compte les tours préliminaires, un nombre record de 81 clubs, champions comme non champions de leur pays, ont pris part à la plus prestigieuse compétition de football à se disputer sur notre planète sur une base annuelle. Je vous propose ici de retracer ensemble l’évolution d’un tournoi qui n’a fait que gagner en rayonnement et popularité auprès de ses acteurs et spectateurs, et surtout, de découvrir comment et pourquoi la Champions League continue de s’agrandir, inlassablement, avec le temps.

Les origines des tournois internationaux

Dans les années 1950, le football possède déjà une portée internationale. Le Royaume Uni organise chaque année le British Home Championship, qui oppose ses quatre nations constitutives. La Coupe du Monde existe depuis deux décennies, et les meilleures sélections pouvaient déjà s’affronter aux Jeux Olympiques avant son lancement. Les clubs aussi ont commencé à se mesurer à leurs homologues étrangers lors de compétitions régionales. La Coupe Latine et la Mitropa Cup (un tournoi entre clubs situés en Europe centrale) en sont les meilleurs exemples.

En 1954, c’est au tour du Wolverhampton Wanderers, champion d’Angleterre, d’organiser un tournoi. Il invite le Honvéd de Budapest et le Spartak Moscou, deux clubs en verve, à se mesurer à lui. Les Wolves l’emportent, et la presse anglaise, ravie, proclame le club champion du monde. Cette petite compétition donne des idées aux journalistes français, notamment un certain Gabriel Hanot, ex-joueur international et actif à L’Équipe. Avec son collègue Jacques Ferra, il propose un projet ambitieux à l’UEFA, qui vient tout juste d’être fondée : réunir les champions du continent pour disputer un tournoi, et ainsi couronner le meilleur club européen de la saison écoulée. D’autant que de l’autre côté de l’Atlantique, un Championnat sud-américain des clubs champions de football, précurseur de la Copa Libertadores, s’était joué en 1948 entre les champions en titre de sept nations sud-américaines. La FIFA n’ayant pas apposé de véto au lancement de la compétition, l’UEFA se charge donc de mettre ce projet en oeuvre. Elle construit son tournoi sur base d’un format très simple : un système à élimination directe en match aller-retour. Elle tente de convaincre la Fédération anglaise de participer au projet, mais celle-ci refuse, considérant le niveau de cette nouvelle compétition pas à la hauteur de ses clubs. Le champion d’Angleterre 1955, Chelsea, ne participe donc pas à l’édition initiale du tournoi, baptisé Coupe des Clubs Champions européens. Et c’est ici que l’histoire commence.

Une première édition qui ne se passe pas comme prévu

1955 : 16 clubs sont invités à prendre part à l’édition inaugurale de la compétition. Et au grand dam de l’UEFA et Gabriel Hanot… seuls 7 des 16 participants sont des champions en titre. Les 9 autres clubs invités laissent leur place à d’autres équipes de leurs championnats, préférant, comme les Anglais, se concentrer sur leur compétition domestique. La Sarre y est étonnamment représentée, avec la présence du FC Saarbrücken. La compétition débute avec le stade des huitièmes de finale, et c’est le Real Madrid qui l’emporte en finale contre le Stade de Reims 4 buts à 3.

Un tournoi réservé aux champions, avec un format quasi identique pendant 35 ans

De 1956 à 1966 : le tournoi comprend de 22 à 32 équipes, et est ouvert à toutes les associations membres de l’UEFA, si celles-ci ont le désir d’y être représentées. Une seule édition a suffi pour convaincre la Fédération anglaise et les autres clubs champions du continent de prendre part à la fête. L’entrée est donc à présent strictement réservée aux champions en titre de chaque pays, et au tenant du titre. Un tour préliminaire précède les huitièmes de finale, stade lors duquel le tenant du titre entre en lice.

De 1966 à 1991 : le nombre de qualifiés oscille chaque année entre 30 et 33 clubs champions, et tout le monde entre grosso modo en lice dans un premier tour désormais équivalent aux seizièmes de finale. Lorsqu’il y a moins de 32 entrants, certains clubs, dont le tenant du titre, en sont exemptés. S’il y en a 33 (cela arrive si le champion d’Europe se qualifie pour la compétition en tant que tenant du titre, et non en tant que champion de son pays), un tour préliminaire est à nouveau disputé entre les clubs les moins huppés. La règle du but à l’extérieur est introduite en 1967. De 1985 à 1991, les clubs anglais sont bannis du tournoi suite au drame du Heysel.

L’avènement de la Champions League : l’UEFA s’agrandit, le tournoi aussi

Le tournant des années 1990 marque une croissance exponentielle en matière de couverture médiatique, et par conséquent, de droits TV, autour du monde du football. Les deux hommes forts de l’UEFA, Lennhart Johansson et Gerhardt Aigner, comprennent qu’il est temps pour le jeu de se développer ; l’objectif étant de profiter de nouvelles opportunités commerciales tout en conservant les valeurs d’antan du foot.

1991 : le tournoi instaure pour la première fois une phase de groupes, à 8 équipes, laquelle suit deux tours à élimination directe. Les vainqueurs de chaque groupe accèdent à la finale. Cette saison marque la dernière qualification du champion d’Allemagne de l’Est, d’URSS et de Yougoslavie.

En septembre 1991, un Congrès extraordinaire de l’UEFA est convoqué à Montreux. Ses dirigeants se mettent d’accord de réformer, dès la saison suivante, la Coupe d’Europe des Clubs Champions en un tournoi new look, rebaptisé Ligue des Champions de l’UEFA. Ce format adopterait davantage d’équipes entrantes, et par conséquent, de matches. Cette réforme coïncide avec le lancement, outre-Manche, de la Premier League.

1992 : cette nouvelle Ligue des Champions garde encore le format de la saison précédente, à l’exception de la réapparition d’un tour préliminaire en raison de l’éclatement des blocs communistes et l’affiliation des plus petits états européens à l’UEFA.

1993-94 : retour des demi-finales, lesquelles suivent la phase de groupes.

De 1994 à 1997 : les champions des 23 meilleures nations ainsi que le tenant du titre se qualifient pour la Champions League, et les autres champions ne sont plus accueillis qu’en Coupe UEFA. En revanche, la phase de groupes s’agrandit à 16 équipes, et est suivie de quarts de finale. La victoire passe à 3 points en 1995.

1997 : pour la première fois, les meilleurs championnats obtiennent plus d’un ticket qualificatif pour la Ligue des Champions. Cette année marque le retour des champions de toutes les associations, ainsi que le passage à une phase de groupes à 24. Les vainqueurs des 6 groupes, ainsi que les deux meilleurs deuxièmes accèdent aux quarts de finale.

25 ans de phase de groupes à 32 : le format disputé jusqu’à nos jours

1999 : marque l’avènement de la phase de groupes à 32, telle qu’on l’a connue jusqu’à cette année. Les meilleures nations peuvent envoyer jusqu’à quatre de leurs clubs, et les champions des plus petits pays doivent naviguer jusqu’à trois tours préliminaires pour atteindre cette phase de groupes. Les deux premiers des 8 groupes disputent une deuxième phase de groupes à 16, alors que les troisièmes sont reversés en Coupe UEFA, tout comme les clubs éliminés au troisième tour préliminaire. Le tournoi se poursuit ensuite avec les quarts de finale. L’idée d’une Super Ligue européenne commence à germer dans la tête des dirigeants des plus grands clubs du continent, émerveillés par le nombre de grosses affiches que la Champions League offre désormais chaque année.

2003 : retour des huitièmes de finale, lesquels remplacent la deuxième phase de groupes.

2009 : remaniement de la phase de qualification, laquelle est désormais divisée en deux voies, afin d’optimiser les chances des champions des plus petites nations de se qualifier pour la phase de groupes. La Coupe de l’UEFA est rebaptisée Europa League, et récupère davantage d’équipes déçues lors de cette nouvelle phase de qualification.

2015 : le vainqueur de l’Europa League obtient un ticket directement qualificatif pour la Ligue des Champions.

2018 : les quatre meilleurs clubs des quatre championnats les mieux classés au coefficient UEFA accèdent d’office à la phase de groupes. Le VAR est introduit, tout comme un tour préliminaire supplémentaire pour les champions les moins bien classés.

2021 : Les perdants des premiers tours qualificatifs dans la voie des champions sont reversés dans la nouvelle UEFA Conference League. La règle du but à l’extérieur est abolie après 54 ans d’application. Sous l’initiative de Florentino Pérez et Andrea Agnelli, présidents respectifs du Real Madrid et de la Juventus, un premier projet de Super Ligue européenne, indépendante de l’UEFA, et qui prévoit de réunir douze des plus grands clubs du continent, voit le jour. Cette tentative de sécession provoque un véritable tollé auprès des supporters, notamment en Angleterre, et tombe à l’eau en quelques heures.

L’avenir, avec la phase de ligue pour réponse à la Super Ligue européenne

2024 : consciente qu’elle se doit de conserver, et même optimiser, le prestige de son tournoi phare suite à la tentative de sécession de 2021, l’UEFA agit. La Champions League adopte une nouvelle phase de ligue, laquelle remplace la phase de groupes, et garantit des affiches chaque soir. Ce nouveau championnat se dispute désormais à 36 équipes, et les 8 meilleures classées dans cette phase, qui compte 8 journées, accèdent directement aux huitièmes de finale. Celles classées de la 9ème à la 24ème place disputent un second tour pour espérer se qualifier en huitièmes. Les autres sont éliminées de toute compétition européenne. Jusqu’à six équipes par championnat peuvent se qualifier pour une Champions League qui n’a jamais autant ressemblé au projet rêvé par les hommes forts des plus grands clubs.

Et après ? Peut-on imaginer que cette dernière réforme en date sera le dernier agrandissement possible du format de la Ligue des Champions ? Eh bien, la réponse n’est sans doute ni oui ni non. S’il est certainement possible d’encore augmenter le nombre d’entrants dans la phase de ligue, il n’en sera pas de même du nombre de journées, les calendriers étant déjà au bord de la saturation avec les exigences domestiques, internationales, et l’émergence d’un nouveau Mondial des Clubs. Il faudrait pour cela que les différentes associations réduisent le nombre de clubs dans la première division de leurs championnats, et ne disputent plus qu’une coupe nationale au maximum, sans rencontres aller-retour. Infaisable, alors ? À l’heure qu’il est, on serait tenté de le croire. En revanche, il serait sans doute sot de le parier…

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