L’Irlande et l’Angleterre se considèrent souvent comme des nations rivales. Leur histoire est indissociable l’une de l’autre depuis des siècles, l’entièreté de l’île d’Irlande ayant été sous la juridiction de la couronne britannique du Moyen-Âge au début du XXème siècle. Encore de nos jours, les Irlandais éprouvent encore une forme de rancoeur envers la Grande-Bretagne, qu’ils considèrent responsable des atrocités qui ont frappé l’Île d’Émeraude par le passé.
Étant le berceau du football, l’Angleterre a fondé, en toute logique, le premier tournoi international disputé sur notre planète, en 1884. Cette compétition, nommée British Home Championship, a vu s’affronter chaque année pendant 100 ans, les quatre nations constitutives de ce qui était à l’origine le Royaume-Uni de Grande-Bretagne et d’Irlande, dans un équivalent footballistique du Tournoi des Six Nations de rugby.
Si en 1922, le sud de l’Irlande prend son indépendance du Royaume-Uni, alors que le nord y reste rattaché, l’équipe nationale de l’ancienne nation irlandaise, qui était alors gérée par l’Irish Football Association (IFA), basée à Belfast, continue de participer au tournoi. Mais sur le côté, dans ce nouvel État libre d’Irlande, ou Éire dans son nom gaélique, une nouvelle fédération (la Football Association of Ireland, FAI) voit le jour, et son équipe nationale est reconnue par la FIFA comme étant celle de l’Irlande indépendante.
Pendant une trentaine d’années, ces deux fédérations entrent en conflit, revendiquant toutes les deux le monopole de la gestion footballistique sur l’ensemble de l’île d’Irlande. Les meilleurs joueurs irlandais, nord et sud confondus, sont sélectionnés à tour de rôle par une équipe et par l’autre, et une fois l’IFA de retour au sein de la FIFA, deux équipes nationales d’Irlande participent ensemble aux qualifications pour la Coupe du Monde 1950.
La FIFA, soucieuse de protéger l’équité sportive de son tournoi phare, intervient alors en tant qu’arbitre du conflit, et décrète, en 1953, qu’aucune équipe nationale ne pourra porter le nom d’ « équipe d’Irlande », ni asseoir sa souveraineté sur l’ensemble de l’île. L’équipe nationale dirigée par la FAI, déjà enregistrée comme celle de l’État libre d’Irlande, devient « République d’Irlande », et ne peut convoquer que des joueurs originaires des comtés de son territoire. La sélection dirigée par l’IFA, qui participe toujours au tournoi britannique, elle, sera celle d’Irlande du Nord.
Le Tournoi des Six Nations a conservé une équipe d’Irlande représentative de toute l’île. Le XV du Trèfle y affronte d’ailleurs l’Angleterre chaque année. Mais dans le monde du ballon rond, la rivalité entre l’Angleterre et une Irlande indépendante n’a pu s’exprimer qu’au travers de rares affrontements officiels. Le duel qui va les opposer cette saison en Ligue des Nations sera le premier en compétition depuis 1991. C’est l’occasion de jeter un petit coup d’oeil sur les cinq matches les plus marquants entre les deux pays.
Angleterre 5-1 Irlande, 8 mai 1957, qualifications Coupe du Monde 1958 :
Il a fallu attendre mai 1957 pour voir l’Angleterre et la République d’Irlande s’affronter pour la première fois en match officiel. Les deux nations rejoignent le Danemark dans le même groupe de qualification pour la Coupe du Monde 1958. Anglais et Irlandais ne se loupent pas lors de leur entrée en lice dans la compétition, disposant chacun des Danois à domicile avant de se retrouver à Wembley. L’Angleterre ne trahira pas son statut de large favorite lors de ce choc, le regretté Tommy Taylor (l’un des Busby Babes à avoir péri dans le crash de Munich en février 1958) et un goal du serial-buteur de Bristol John Atyeo portent les chiffres à 4-0 en sa faveur après à peine 40 minutes de jeu. Ce dernier s’offre d’ailleurs un doublé en fin de rencontre pour fixer le score final à 5 buts à 1.
Irlande 1-1 Angleterre, 19 mai 1957, qualifications Coupe du Monde 1958 :
Largement défaite onze jours plus tôt, l’Irlande se doit absolument de rectifier le tir face aux Anglais lors du match retour pour avoir encore une chance de se qualifier pour le Mondial. Dans une ambiance électrique au Dalymount Park de Dublin, les Boys in Green cueillent les Three Lions à froid via Alf Ringstead après 3 minutes. Les Irlandais tentent alors le tout pour le tout afin de refaire le retard accumulé à la différence de buts. Malheureusement pour eux, ils verront leurs derniers espoirs s’envoler avec l’égalisation de John Atyeo, déjà buteur à l’aller, dans les derniers instants du match. Avec ce partage, l’Angleterre remporte le groupe et s’en va disputer en Suède sa troisième phase finale de Coupe du Monde consécutive.
Angleterre 0-1 Irlande, 12 juin 1988, Groupe 2 de l’Euro 1988
Curieux hasard pour l’Irlande, qui dispute le premier grand tournoi de son histoire, que de retrouver le voisin anglais lors de son match inaugural. Un voisin anglais, qui, emmené par les Gary Lineker, Peter Shilton, ou encore Sir Bobby Robson, est considéré comme l’un des favoris de l’Euro 1988, alors que l’Irlande, dirigée à l’époque par Jack Charlton, champion du monde en 1966 avec… l’Angleterre, fait office de petit poucet. Et pourtant, ce derby, qui se dispute à Stuttgart, voit David terrasser Goliath, et plonge toute la République dans l’extase. Jamais l’Irlande n’avait battu l’équipe de la Rose en match officiel. Elle n’avait jamais remporté qu’un seul de leurs duels, en amical en 1949. Les Anglais, menés après à peine 6 minutes de jeu suite à une tête victorieuse de Ray Houghton, ne parviennent ensuite pas à concrétiser la moindre de leurs nombreuses occasions. Ils s’inclinent 0-1, pour ce qui reste encore l’une des plus grandes sensations de l’histoire du championnat d’Europe. L’Angleterre ne se remettra d’ailleurs jamais de ce fiasco ; elle termine l’Euro avec un zéro pointé. L’Irlande, elle, ne passera pas loin d’un nouvel exploit dans les jours qui suivent ; après un partage 1-1 contre l’URSS, il faut un but tardif de Wim Kieft lors de la dernière rencontre pour que les Pays-Bas, futurs vainqueurs du tournoi, la privent d’une qualification en demi-finale. Les Boys in Green, qui quittent l’Allemagne la tête haute, sont alors loin de se douter qu’ils viennent de jeter les bases de la période la plus faste de leur histoire.
Angleterre 1-1 Irlande, 11 juin 1990, Groupe F de la Coupe du Monde 1990
Deux ans plus tard, Anglais et Irlandais se retrouvent sous la pluie de Cagliari pour lancer leur Coupe du Monde 1990. Et une nouvelle fois, la République, novice sur la scène du Mondial, tient la dragée haute aux sujets de sa Gracieuse Majesté. Une frappe à ras de terre de Kevin Sheedy peu avant le dernier quart d’heure répond à l’ouverture du score de Gary Lineker, dans un match lors duquel l’Angleterre a un peu trop joué avec son bonheur. Mais les joueurs de la Perfide Albion retiennent cette fois les leçons de 1988 ; ce partage de frères lance un superbe tournoi pour les nations des Îles Britanniques. L’Angleterre, 4ème après sa défaite en 1/2 finale aux tirs au but contre l’Allemagne, bouclera sa meilleure performance depuis son sacre en 1966. L’Irlande, qui tiendra cette fois son point décisif contre les champions d’Europe néerlandais, réalisera le meilleur parcours de son histoire avec une qualification pour les 1/4 de finale. Elle n’en sera d’ailleurs pas à son dernier fait d’armes contre son voisin.
Irlande 1-1 Angleterre, 14 novembre 1990, qualifications Euro 1992
Il fut un temps, au tournant de la dernière décennie du XXème siècle, où Anglais et Irlandais ne se quittaient plus. Cinq mois après le Mondial italien, la République accueille l’équipe de la Rose à Lansdowne Road à l’occasion de la deuxième journée des qualifications pour l’Euro 1992. Le match est cette fois bien plus équilibré que lors des deux éditions en grand tournoi. L’Angleterre, qui pense enfin tenir sa revanche sur l’équipe du Trèfle lorsque David Platt ouvre le score au milieu de la seconde période, fera encore les frais de la résilience irlandaise. Tony Cascarino égalise d’une tête rageuse à onze minutes du terme, et laisse les deux équipes à égalité dans le groupe 7 avec 3 points sur 4. L’Irlande, qui frustrera une quatrième fois consécutive son Royaume voisin lors du match retour en mars 1991 (1-1), dans ce qui reste jusqu’à cette année, le dernier affrontement officiel entre entre les deux nations, verra cette fois les Three Lions obtenir le dernier mot dans leur duel à distance. Un double partage contre la Pologne laissera un acerbe goût d’amertume en travers de la gorge des garçons du Trèfle, la bande à Gary Lineker profitant de l’aubaine pour rafler le ticket qualificatif pour l’Euro suédois.