Ces 22 et 29 août 2024, le Sporting d’Anderlecht tentera d’atteindre la phase de groupes de l’Europa League pour la première fois depuis 2018-2019. Il devra pour cela se défaire du Dinamo Minsk, champion de Biélorussie. Le match aller se disputera à Mezőkövesd, en Hongrie, conséquence du soutien du régime biélorusse à l’effort de guerre de Vladimir Poutine. Un tirage qui semble, à priori, favorable aux Mauves. En effet, jamais le Dinamo Minsk n’a battu de club belge. Le club de la capitale biélorusse rappelle d’ailleurs un beau souvenir au FC Malines, ayant été son adversaire en quarts de finale (1-0, 1-1) lors de l’épopée victorieuse en Coupe des vainqueurs de Coupes 1987-1988. De plus, les formations belges se sont toujours imposées aisément contre les Biélorusses… à une exception près. Un souvenir douloureux qu’Anderlecht tentera de ne plus jamais revivre.
Anderlecht-BATE Borisov (1-2, 2-2) : la plus grande humiliation européenne de l’histoire du Sporting
En juillet 2008, Anderlecht hérite du club alors méconnu du BATE Borisov, au deuxième tour préliminaire de la Ligue des Champions. Un adversaire que tout le monde se félicitait d’avoir tiré, à l’époque. Le match aller se déroule au Parc Astrid, et, après une première mi-temps vierge mais dominée de la tête et des épaules, les Mauves pensent avoir fait le plus difficile en ouvrant le score via Guillaume Gillet. Mais dans la foulée de ce but, Marcin Wasilewski se rend coupable d’une faute stupide dans son propre rectangle, laquelle changera complètement la physionomie de la confrontation. Le pénalty est converti sans trembler par Serguei Krivets, avant que Pavel Nekhaychik n’assomme les Mauves à deux minutes de la fin.
Contraints à s’imposer en marquant au moins deux buts au match retour, les Bruxellois ne parviennent qu’à faire jeu égal avec leurs adversaires pendant la majorité de la deuxième manche. Pire : à vingt minutes du terme, alors que le score n’est encore que de 1-1, Nemanja Rnić commet la même erreur que Wasyl lors de la rencontre aller, et laisse ses coéquipiers terminer à 10. Anderlecht ne pourra finalement arracher qu’un partage 2-2, et est éliminé de toute compétition européenne. Le camouflet est total.
La saison 2008-2009 : Anderlecht toujours trop court, le BATE un poucet pas si petit que ça
N’ayant plus que les compétitions domestiques à son tableau de chasse, le Sporting se fixe pour objectif de reconquérir le titre que le Standard lui avait raflé, et qui mettait ainsi un terme à vingt-cinq ans de disette. Rouches et Mauves nous offrent alors l’une des luttes pour le titre les plus passionnantes de l’histoire de la Pro League. Les Liégeois ne gagnent le titre qu’à l’issue d’un double test-match d’une férocité inégalée (1-1 à Bruxelles, 1-0 à Sclessin). En Coupe de Belgique, c’est aussi la désillusion ; les Bruxellois quittent la compétition au stade des huitièmes de finale, battus par Malines.
Après son exploit contre Anderlecht, le BATE Borisov se paie le scalp du Levski Sofia au dernier tour préliminaire, devenant ainsi le premier club biélorusse à atteindre la phase de groupes de la Ligue des Champions. La récompense : une poule ultra relevée, avec le Real Madrid, la Juventus et le Zenit Saint-Pétersbourg comme adversaires. Les hommes de Viktor Goncharenko réussissent tout de même à boucler leur campagne avec trois points, en partageant notamment deux fois contre la Vieille Dame. Cette saison aura été un véritable tremplin pour l’envol du BATE, qui a encore atteint les groupes de Champions League quatre fois entre 2011 et 2016.
Un match contre une formation biélorusse délocalisé : pas une première pour une équipe belge
Depuis le début de la guerre en Ukraine, aucune équipe biélorusse ne peut accueillir de match international sur son territoire, et doit jouer à huis clos. Une telle sanction n’est d’ailleurs pas la première que le football biélorusse s’est vu infliger pour les actes de son gouvernement : en septembre 2021, les Diables Rouges avaient dû retourner sur les terres de leur plus grand exploit, Kazan, pour y défier les Ailes Blanches lors des qualifications du Mondial qatari, l’Union européenne ayant imposé une fermeture temporaire de l’espace aérien biélorusse suite au détournement vers Minsk du vol Ryanair qui transportait l’opposant Roman Protasevitch.
La tribune biélorusse : un espace contestataire craint par Loukachenko lui-même
Sanctionnés par l’UEFA et le CIO, étant donné qu’Alexandre Loukachenko exploite le sport comme faire-valoir de son régime, les stades biélorusses sont pourtant loin d’être les porte-drapeaux de leur président. En effet, le mouvement ultra biélorusse se situe davantage à droite, voire l’extrême-droite, de l’échiquier politique, comme pour afficher une farouche opposition à l’idéologie marxiste-léniniste, les symboles de l’époque soviétique, l’influence de Moscou, et l’état policier de Loukachenko (Wilczek 2022). C’est également une façon de discréditer le rejet du football au second plan par le président, qui est plutôt fan de hockey sur glace, un sport qui fait la fierté du peuple biélorusse (Floch 2020).
Loukachenko surveille d’ailleurs le mouvement ultra de son pays de près depuis les événements de Maïdan. En 2014, des ultras d’extrême-droite ukrainiens se sont dressés contre les séparatistes pro-russes, et ont inspiré leurs homologues biélorusses : la même année, le club 23 BATE Ultras s’est affiché sur les réseaux sociaux avec un message de soutien à l’Ukraine, et arborant le drapeau blanc, rouge et blanc, symbole de l’opposition, et interdit d’affichage en Biélorussie (Wilczek 2022). Un drapeau que certains supporters n’hésitent pas à déployer quand ils se déplacent à l’étranger. Dans le pays, l’accès au stade est d’ailleurs étroitement contrôlé par la police ; aucune banderole en anglais n’y est autorisée, par crainte que les stadiers ne comprennent pas les messages affichés.
Ironie de l’histoire, les déboires de Loukachenko profitent à l’un de ses rares alliés en Union européenne : Viktor Orbán, qui positionne la Hongrie en tant que terre d’accueil des bannis, et partenaire sur lequel on peut compter en cas de pépin. Israël, que les Diables Rouges défieront cet automne en Ligue des Nations est logé à la même enseigne que le Belarus. Vous aviez dit que sport et politique ne faisaient pas bon ménage ?
Travaux cités :
Floch, Séverine, 2 octobre 2020, « Biélorussie : désamour entre le football et le pouvoir dictatorial ». Sur Footpol : https://footpol.fr/bielorussie-desamour-entre-le-football-et-le-pouvoir-dictatorial.
Wilczek, Maria, 14 mai 2022, « Rage Against the Regime: The Ultras Who Stood Up to Lukashenko ». Sur Balkan Insight : https://balkaninsight.com/2022/05/14/rage-against-the-regime-the-ultras-who-stood-up-to-lukashenko/
2 commentaires sur « Quand les Belges affrontent les Biélorusses : quelques promenades, un camouflet historique et la politique qui s’en mêle »